Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 10:29

Le pangermanisme de Paul de Lagarde fut de plus en plus apprécié après sa mort pour être finalement repris comme une quasi religion d’État dans les années 30. L’argument de l’Espace vital, le Lebensraum, était apprécié de nombreux Allemands et un nombre non négligeable de juifs allemands assimilés y était également sensible. Bien sûr, c’est en grande partie l’antisémitisme ambiant qui poussa les Juifs vers l’assimilation. Mais les juifs-allemands n’avaient en réalité aucune réelle façon d’échapper à la haine que les antisémites leur portaient. L’assimilation ne fut jamais une solution d’acceptation, comme le prouvent les nombreuses associations antisémites de la fin du XIXe siècle, telle que le parti International antisémite, issu du congrès de 1882 du même nom, qui luttait clairement et ouvertement contre l’émancipation des Juifs.  

Dernburg

Dernburg

Bernhard Dernburg, que Rathenau accompagna en 1908 en mission au Sud-Ouest africain (voir Fritz Haber II),  fut un exemple frappant de cette génération qui avait radicalement tourné le dos à la judaïté. Dans une longue lettre ouverte adressée aux Américains, parue dans l’édition du dimanche 13 septembre 1914 du New York Sun (le dimanche étant sans conteste le jour le plus important en guise d’impact sur le lectorat), Dernburg défendit l’invasion de la Belgique par l’Allemagne en invoquant la nécessité d’un Grossdeutschland et en allant jusqu’à rappeler, entre les lignes, les arguments bellicistes du Général Bernhardi, qui dans son best-seller de 1911, L’Allemagne et la prochaine guerre, considérait la guerre comme une entreprise divine, glorifiant une politique d’agression impitoyable, au mépris des traités qui la règlementait.

Avec la famille Dernburg, nous sommes en face d’un cas typique d’assimilation de famille juive allemande qui, en moins de six générations, est passée du ghetto au pangermanisme de l’exécutif politique. Issu d’une famille juive distinguée qui s’imposa dans la finance, Friedrich Dernburg, le père de Bernhard Dernburg, se convertit au luthéranisme et se maria avec la fille d’un pasteur.

Gabriel Alphaud

Gabriel Alphaud

En 1915, le Français Gabriel Alphaud, lui-même d’origine juive (son père était un modeste cordonnier établi à Clermont), journaliste correspondant aux  États-Unis, publia un ouvrage de pas moins de 500 pages à charge contre Dernburg. Voici, en pleine guerre, un extrait de cette biographie de Dernburg vue par Alphaud : 

 

Avant d’être un homme d’État, M. Bernhardt Dernburg avait eu une jeunesse studieuse. Très actif, très entreprenant, il connaissait à vingt ans les principaux pays du monde. À New-York, il était venu en 1885 compléter son éducation commerciale et financière et y avait, trois ans durant, prolongé son séjour. Des États-Unis il avait appris à ce moment les ressources, il avait jugé du coefficient de puissance de l’élément germano-américain. Il avait consacré les dix années qui suivirent à parcourir une fois encore la Chine, la Russie, la France et était allé achever son éducation politique en Angleterre. Docteur de toutes les Universités, parlant couramment l’anglais, le français, le russe, les écrivant comme sa langue propre, très versé dans les questions financières, M. Bernhardt Dernburg devenait bientôt un homme que Guillaume II remarquait. Peu après, il était investi de la confiance de l’empereur qui le renvoyait en Angleterre où, pendant cinq années, il expérimentait et perfectionnait la méthode de pénétration pacifique et audacieuse, dont l’Allemagne devait tirer partout si grand profit. La coulisse de la politique anglaise était bientôt pour M. Dernburg sans secrets. D’habiles ramifications, d’ingénieux points de repères à la Cour et dans les journaux, de mystérieux centres d’espionnage dans les arsenaux, dans les ports et dans les banques, complétaient ce qu’une vaste érudition et une prodigieuse activité personnelle ne lui fournissaient pas. Revenu en Allemagne en 1906, et chargé aussitôt par l’empereur du Ministère des Colonies où il succédait au prince Hohenlohe-Langenburg, M. Dernburg concevait pour sa patrie le rêve d’une expansion coloniale égale à celle de l’Empire britannique. Il y avait, à ses yeux, manque de proportion entre la population allemande grossissante et son territoire.

Partager cet article

Repost 0
Published by David Vandermeulen - dans Littératures attenantes
commenter cet article

commentaires