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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 14:58
Les œuvres complètes de Schiller en français

Il est toujours étonnant de constater à quel point les œuvres complètes de grands auteurs allemands sont si rares en français. On s’étonnera donc qu’il n’existe toujours à ce jour qu’un seul volume des œuvres de Nietzsche dans la Bibliothèque de la Pléiade, qu’à peine un dixième de l’œuvre de Goethe y a  été traduite, que les romantiques Jean Paul, Novalis, Schlegel, Kleist, Tieck, Hoffmann, de La Motte-Fouqué, Brentano, von Arnim, Eichendorff, Chamisso et quelques autres ont été confinés dans seulement deux volumes, que Heine, Musil, Mann, Heidegger, Broch, Döblin, Kraus, Hegel, Benjamin, Fontane, Roth, Wassermann ou encore Schiller ne s’y trouvent tout simplement pas, tandis que Jean d’Ormesson ou Simenon y figurent déjà.

Pour ce qui est de Schiller – mais il est loin d’être le seul –, il faut remonter au XIXe siècle pour retrouver l’intégralité de son œuvre traduite. La dernière édition de ses œuvres complètes, qui ne reprend toutefois pas sa correspondance, remonte aux années 1859 à 1862, elles furent établies aux éditions Hachette par Adolphe Régnier, dans le cadre du centième anniversaire de la naissance de Schiller, en 1759.

On a oublié en France quel fut l’impact énorme de la pensée de Schiller sur des générations d’Européens, et plus spécifiquement quel fut son retentissement au sein de la communauté juive allemande. Comme le rappelle Gershom Scholem dans son important Fidélité et Utopie :

 « L’importance de Frédéric Schiller dans les attitudes adoptées par les Juifs à l’égard de l’Allemagne est inappréciable et les Allemands eux-mêmes l’ont rarement estimée à sa juste valeur. Car pour des générations de Juifs d’Allemagne et peut-être dans une plus large mesure encore pour les Juifs hors d’Allemagne, Schiller, porte-parole de l’humanité, noble poète des idéaux les plus élevés, représentait tout ce à quoi ils songeaient ou voulaient songer en tant qu’Allemands – même lorsque, dans l’Allemagne du dernier tiers du XIXe siècle, son langage avait déjà commencé à sonner creux. Pour beaucoup de Juifs, la rencontre de Frédéric Schiller était plus réelle que leur rencontre avec des Allemands en chair et en os. Ils trouvaient en lui ce qu’ils recherchaient avec le plus d’ardeur. Le romantisme allemand signifiait quelque chose pour beaucoup de Juifs, mais Schiller signifiait quelque chose pour tous les Juifs. Il était un facteur de la foi du Juif en l’humanité. Schiller fournissait l’issue la plus évidente, la plus impressionnante et la plus retentissante face aux déceptions idéalistes engendrées par les relations entre Juifs et Allemands. Au Juif qui avait perdu confiance en lui-même, le programme de Schiller semblait permettre tout ce qu’il cherchait ; le Juif n’y percevait pas de fausse note, car c’était là une musique qui le faisait vibrer dans ses profondeurs. A Schiller, qui ne s’était jamais adressé à eux, les Juifs, eux, ont voulu répondre, et l’échec de ce dialogue est peut-être une des clefs de l’échec généralisé des relations entre Juifs et Allemands. Après tout, Schiller, à qui ils vouèrent un amour si passionné, n’était pas n’importe qui ; il était le poète national de l’Allemagne, considéré comme tel par les Allemands eux-mêmes de 1800 à 1900. En ce cas comme souvent, les Juifs ne s’étaient pas tromper d’adresse1  ».

Soulignons également que Schiller avait pour habitude de transposer ses tragédies hors d’Allemagne ; Don Carlos a pour cadre les Pays-bas ; La Pucelle, la France ; Guillaume Tell, la Suisse ; Marie Stuart, l’Écosse… Comme le souligna Thomas Mann : « Ce grand Allemand n’a pas donné à ses compatriotes leur drame national de la liberté, il leur a dénié la faculté de former une nation et il recommande d’autant plus chaleureusement à ses Allemands d’être plus purs pour devenir des hommes. »

 Inutile de préciser que l’auteur allemand le plus apprécié de Fritz Haber fut Schiller.

 

[1.] Gershom Scholem, Fidélité et Utopie, Calmann-Lévy 1978, p.87.

Les œuvres complètes de Schiller en français

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Published by David Vandermeulen - dans Littératures attenantes
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