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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 16:04

Fritz Haber reçut le prix Nobel de chimie 1918 pour ses travaux sur la synthèse de l’ammoniac. Cette découverte majeure permit de fabriquer des engrais en suffisance, ce qui contribua à éradiquer de nombreuses famines dans le monde. Si, en 1920, à cause des exactions qu’il avait commises durant la guerre, Haber est allé chercher son prix à Stockholm sous les huées, tout le monde s’accorde néanmoins pour dire que sa découverte de la synthèse de l’ammoniac fut une avancée scientifique sans précédent pour le bien de l’humanité. Cette production d’azote liquide fut produite grâce à ce que l’on appelle communément le procédé Haber-Bosch. C’est la célèbre firme BASF qui, dès l’année 1912, exploita le procédé dans ses usines de la ville d’Oppau, près de Ludwigshafen, dans le land de Rhénanie-Palatinat. Tout cela n’était pas sans danger, le 21 septembre 1921 se produisit une explosion redoutable. Un silo contenant près de 4000 tonnes d’engrais de synthèse explosa en soufflant l’usine et une partie du village. Ce fut sans conteste l’une des plus importantes catastrophes industrielles de l’Allemagne, avec plus de cinq cents morts et près de deux mille blessés. Plus proche de nous, en 2001, un 21 septembre également, l’usine AZF de Toulouse connut le même type d’accident.

Le site industriel de Oppau en 1921

Le site industriel de Oppau en 1921

On le constate, les inventions apportent toujours leurs lots de bonnes choses, mais aussi de dérives et de catastrophes. L’histoire n’étant jamais simple avec Fritz Haber, revenons un instant sur les dérives déjà perceptibles avant la découverte de l’ammoniac de synthèse. Avant Haber, l’Allemagne utilisait en grande majorité le guano importé des falaises chiliennes et péruviennes. Jusqu’en 1913, plus d’un tiers de la production annuelle de guano chilien était acheté par l’Allemagne pour parfaire ses besoins industriels et agricoles. En réalité, chaque pays usait de ressources particulières. C’est ainsi que pour ses rizières, la Chine préférait les excréments humains ; les grandes villes françaises, le crottin de cheval pour ses parcs et jardins ; les Américains, les os de bisons.

La solution américaine au problème de la ferilisation des terres.

La solution américaine au problème de la ferilisation des terres.

Mais si l’on en croit les affirmations du grand chimiste allemand Justus von Liebig (1803-1873), la dérive capitaliste la plus effarante serait à trouver du côté de l’Angleterre, qui misa quant à elle sur les os humains… C’est en tout cas ce que Liebig avançait lorsqu’il dénonçait les vols d’innombrables squelettes dans plusieurs cimetières européens, vols qu’il attribuait à des équipes anglaises de fossoyeurs clandestins qui sillonnaient selon lui les cimetières allemands dans le but de moudre les os pour la fertilisation des terres anglaises. S’il est un fait avéré que des bandes bien connues sous le nom de Resurrectionists ont développé un important trafic de cadavres durant les XVIIIe et XIXe siècles, nous savons peu de choses à propos des exactions de ces bandes organisées sur le territoire allemand. Liebig affirmait que les Resurrectionists auraient réussi à dépouiller près de quatre millions de squelettes en Europe.

Resurrectionists, gravure de Hablot Knight Browne datant de 1847.

Resurrectionists, gravure de Hablot Knight Browne datant de 1847.

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Published by David Vandermeulen - dans Histoire allemande
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