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Vendredi 30 novembre 2007

057.jpgLa page 59 est l’une de mes planches préférées dans Fritz Haber 2. Elle représente l’acteur Paul Richter en Siegfried. Cette image est un écho à un très vieux dessin que mon père avait fait pour moi lorsque je n’étais encore qu’un tout petit enfant. Je ne sais pas ce qu’il en est pour les autres dessinateurs, mais je me rappelle quant à moi du jour exact où je me suis décidé à dessiner. Je devais avoir cinq ou six ans et cela coïncide au moment où mon père m’emmena au cirque, un très grand cirque, installé aux alentours de la place du Luxembourg, à Bruxelles. Ce devait être le cirque de Moscou, ou celui de Bouglione, le souvenir n’a pas retenu ce type de détail. En réalité, si je me souviens encore de ce jour et de mon arrivée en bus, de ma place dans les gradins, de la cage aux tigres, c’est que ce jour m’a véritablement impressionné. J’attendais comme tout enfant de mon âge l’arrivée des clowns et des tigres. Quand les clowns sont enfin montés sur la piste, mon excitation était à son comble. Mais ce fut un choc : il y en avait bien un blanc à chapeau pointu et un autre rigolo, mais il y en avait encore un troisième affreux et hideux, encagoulé, qui brandissait un énorme poignard : c’était un méchant parmi les clowns. Cela me traumatisa tant que j’ai hurlé de tout mon saoul jusqu’à perdre connaissance.

 

De retour à la maison, mon père pris une feuille de papier et dessina pour moi le fameux clown. Son dessin terminé, il m’appela pour me le présenter et, chose amusante, je pris peur à nouveau. Le dessin me saisit et je me remis à hurler. Mais moins longtemps. Petit à petit, je me rapprochai de la feuille, jusqu’à la prendre en main.

 

Voilà mon expérience avec le dessin : je l’ai découvert par l’expérience, en réalisant qu’il pouvait être un vecteur d’émotions. C’est ainsi que vers six ans, après avoir compris tout cela et en avoir ri, je me suis mis à dessiner un peu plus que les autres enfants. 

Cette expérience ne m’a cependant pas pourvu d’une passion immodérée pour le dessin. J’ai très vite compris, immédiatement peut-être, qu’il n’y avait aucun acte magique dans le dessin. Tout cela tenait du truc et de la technique, on pouvait faire peur, on pouvait faire rire, on pouvait jouer sur l’imagination d’autrui, mais toutes ces émotions étaient menées et maîtrisées par le travail de celui qui dessinait. Il allait donc falloir en user modérément.
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par David Vandermeulen publié dans : De la création
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Jeudi 29 novembre 2007
HardenValoton.jpgHarden par Vallotton

C’est Bismarck, sans doute amer de s’être fait congédié par Guillaume II et remplacé par Eulenburg en 1890, et surtout écœuré par les mœurs douteuses d’Eulenburg (il ira jusqu’à écrire à son fils que la relation entre L’Empereur et Eulenburg « ne peut pas être mise sur le papier ») qui instruisit Harden des mœurs privées du prince Eulenburg. Harden, en possession d’une correspondance compromettante entre Kuno Molkte et Eulenburg, attendit 1902 pour rédiger un premier article dans son journal Die Zufunkt. Cet article dévoilait la relation Eulenburg-Molkte de telle façon qu’elle ne fut compréhensible qu’aux premiers intéressés. En novembre 1906, Harden agacé par la politique d’Eulenburg et le jugeant, lui et son ami homosexuel Raymond Lecomte, ambassadeur français à Berlin, personnellement responsable du fiasco de la première crise marocaine, publie coup sur coup, deux articles cinglants qui feront scandale et que la presse entière reproduira.

 
par David Vandermeulen publié dans : Histoire allemande
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Mercredi 28 novembre 2007
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Fischer fut en quelque sorte le successeur de Haber puisqu’il devint en 1934 recteur de l’université de Berlin et dirigea la chaire d’Anthropologie, de l’Hérédité Humaine et de l’Eugénique du Kaiser-Wilhelm Institut de Berlin-Dahlem (financé en grande partie par des dons de la fondation américaine Rockefeller ! ), où il dispensa ses premiers cours racistes aux docteurs SS, dont le plus tristement célèbre fut certainement le Dr Joseph Mengele, qui devint son plus brillant assistant. Dès 1936, il fut l’un des premiers à réclamer ouvertement la stérilisation forcée des retardés et des « racialement déficients ». Hormis Fischer, retraité, tous les scientifiques eugénistes retrouvèrent des postes à l’université ou des fonctions d’experts après la guerre. Le Dr Fischer quitta l’université en 1942 et, contrairement au Dr Mengele qui dut fuir vers l’Amérique du Sud, il ne fut quant à lui jamais inquiété, à l’instar des théoriciens experts de l’hygiène raciale Lenz, Rüdin, Ritter, Verschuer, ou de son grand ami, le philosophe Martin Heidegger.
par David Vandermeulen publié dans : Biographies
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Mardi 27 novembre 2007
eugen-fischer.jpgAutre terrible personnage, de ceux qui rendent le bilan d’un scientifique comme Fritz Haber presque commun, Eugen Fischer. Avec son prénom qui le prédisposait à de grandes choses (Du grec eu, « bien » et genos, « race », la signification du prénom Eugène peut se lire « bonne race »),Fischer (Karlsruhe 1874 - Fribourg en Breisgau 1967) fut l’un des plus importants anthropologues allemands, spécialiste de la question eugénique. Ancien professeur d’anatomie, il s’est fait connaître du grand public, en 1913, comme l’auteur d’une étrange thèse, Die Rohoboter Bastards (Les Bastards de Rehobot), qui se penche sur la dégénérescence imputée au mélange des races en Afrique du Sud, et tout spécialement aux enfants issus des relations entre Européens et Hottentots. Mais son ouvrage le plus important fut Les Principes Fondamentaux de la Science de l’Hérédité Humaine et de l’Hygiène Raciale, qu’il écrivit en 1921, avec Erwin Baur (1875-1933) et le Dr Fritz Lenz (1887-1976), son ancien élève, avec qui il fonda en 1910, la section d’hygiène raciale à l’Université de Fribourg-en-Brisgau. C’est à partir de cet ouvrage, on le sait, qu’Adolf Hitler, qui avait lu en 1924 Les Principes Fondamentaux de la Science de l’Hérédité lors de sa détention après son putsch manqué de Munich, bâtit sa théorie politico-raciale dans Mein Kampf . En 1931, deux ans avant l’avènement du parti nazi au pouvoir, Fischer encensait déjà Hitler en affirmant que seul la politique hitlérienne serait capable de mener à bien l’Allemagne, et il considérait Adolf Hitler comme le seul politicien capable d’envisager sérieusement la question eugénique. En 1932, Fischer devenait officiellement membre du parti Nazi et fut très vite promu directeur du bureau de statistique du Reich en Hygiène Raciale et son application politique à l’Académie de Médecine d’Etat de Berlin-Charlottenburg.
par David Vandermeulen publié dans : Biographies
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Dimanche 25 novembre 2007
2007-03-241.jpgLe choix de réaliser toutes mes planches en sépia s’est très vite imposé également. Outre le fait que la technique en camaïeu est plus rapide qu’une quadrichromie traditionnelle (une couleur à gérer, c’est bien plus facile que de jouer avec toute une palette), j’ai opté pour des teintes sépia parce qu’elles évoquent la couleur des premiers clichés photographiques du XIXe siècle. Nous sommes en réalité ici dans un pur fantasme esthétique : à ma connaissance, jamais aucun cliché de l’époque n’a présenté un type de teinte aussi affirmé. L’autre raison avancée pour le choix du sépia est celle de l’évocation symbolique. Pour ma part, le sépia, ou le brun en général, incarne l’idée de trouble et de complexité ; il faut toutes les couleurs du spectre pour faire un brun. Aussi, cette couleur s’adapte parfaitement à mon sujet central, la « complexité des choses ». Je voulais, en me lançant dans Fritz Haber, réaliser une bande dessinée qui puisse arriver à parler de choses complexes, difficiles et contradictoires, et tenter d’évacuer toute manifestation de manichéisme, travers en général assez persistant dans la biographie de bande dessinée.
par David Vandermeulen publié dans : De la création
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Vendredi 23 novembre 2007
B--low1.jpgAutre source fondamentale de mon Fritz Haber, les Mémoires du prince von Bülow, ancien chancelier de l’Empire et Premier ministre de la Prusse. Dans le second des quatre imposants tomes de cette source précieuse et même indispensable pour comprendre la politique wilhelminienne, à propos du génocide des Hereros, toujours, von Bülow évoque brièvement, dans une conversation avec l’empereur, quelles étaient les façons d’agir du général von Trotha, et par ce biais, les positions politiques de Guillaume II : « Au printemps 1904, la direction des opérations avaient été confiée au général de Trotha, énergique officier de l’infanterie de la garde. Pour en finir plus vite avec les Hereros, il proposa de les refouler avec femmes et enfants dans un désert dépourvu d’eau, où ils trouveraient une mort affreuse et certaine. Je déclarai à Sa Majesté que je n’autoriserais pas ce procédé. L’Empereur commença à ouvrir de grands yeux, puis se fâcha. Comme je lui objectais la charité chrétienne, il repartit que les Commandements ne s’appliquaient ni aux païens, ni aux sauvages. Je répliquai : « Je renonce à tout argument théologique ; je n’invoquerai pas le Sermon de la Montagne, mais un homme tout à fait dépourvu de sainteté, Talleyrand, qui déclara, après l’exécution du duc d’Enghien : « C’est pire qu’un crime, c’est une faute ! » Le « pas de quartier » du discours de Votre Majesté a déjà fait beaucoup de mal et ce n’était qu’une proclamation. Si maintenant, vous passez de la théorie à la pratique, vous causerez un dommage dépassant l’enjeu. On ne peut pas faire de guerre uniquement militaire, la politique doit dire son mot. » L’Empereur s’emporta et nous nous quittâmes en assez mauvais termes. Quelques heures plus tard, il m’envoya une lettre où il acceptait mes observations et, avec ce mélange d’esprit et de bonté qui le caractérisait souvent, il signait : GUILLAUME I. R., qui laudabiliter se subjecit »

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par David Vandermeulen publié dans : Littératures attenantes
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Jeudi 22 novembre 2007
Il n’est pas encore terminé mais il bénéficie déjà de quelques heures de lecture : le site Fritz Haber a été complètement retravaillé et largement complété. Science, Histoire, personnages, tous les noms propres qui apparaissent dans la bande dessinée et quelques autres notions, trouveront leur article explicatif sur ce site.

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par David Vandermeulen publié dans : Actualité
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Mercredi 21 novembre 2007
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Fêter la sortie de mon livre dans la plus élégante des librairies de Belgique en buvant un verre avec quelques amis et en conviant le chasseur de dédicace à ranger son livre d’or dans son sac en plastique XIII et à reprendre un peu de chipitos et de vin rouge, n’est-ce pas là une définition du bonheur ? Mais très certainement ! ça se passera à Tropismes l’appartement, ce vendredi 23 de 18H à 20H.

J'ai créé une page AGENDA qui comme son nom l'indique, sera consacrée au petits évènements liés au livre (il ne sera pas surbooké, c'est sûr).
par David Vandermeulen publié dans : Actualité
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Mardi 20 novembre 2007
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Le second tome de Fritz Haber s’ouvre avec la citation d’un beau salopard, j’ai nommé le général Adrian Dietrich Lothar von Trotha. Trotha (1848 - 1920) fut général des forces coloniales allemandes en Afrique de 1896 à 1908. Habitué des campagnes « musclées », von Trotha était systématiquement l’homme que Berlin envoyait lorsqu’un problème venait à se déclarer dans les colonies. Il fit ses armes en 1896 dans les colonies allemandes d’Afrique de l’Est, en compagnie du terrible Carl Peters, pour y dompter la révolte des Hehes et des Maji-Maji (plus de 120.000 morts). Puis en 1900, en Chine, il fut envoyé pour soutenir le général von Waldersee lors de la révolte des Boxers. Le 11 juin 1904, von Trotha fut envoyé avec 3.500 soldats (6.000 autres suivront plus tard) à Swakopmund, dans le Sud-Ouest africain pour mater la révolte herero. Il y fut très efficace puisque seulement un peu plus de 10 % de la population herero survécut à sa politique…
par David Vandermeulen publié dans : Biographies
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Dimanche 18 novembre 2007
2007-03-143.jpgL'une de mes façons de procéder : 1ère étape, dessin à la plume sur papier
2007-03-136.jpg2ème étape, mouillage du papier, dissipation du trait

Les bandes dessinées réalisées en couleurs directes, si elles offrent une lisibilité moins efficace que les récits réalisés en « ligne claire », sont néanmoins de plus en plus nombreuses, et commencent, pour parler comme le spécialiste, bon gré mal gré, à timidement se créer une niche dans le marché. Mon option de proposer un récit résolument lent, qui opte pour des cassures de rythme assumées, une pesanteur générale et même des invitations à la méditation, s’inscrit en creux d’une production générale qui pense avant tout à son lecteur, qui ne jure que par l’éternelle recherche de l’effet, la rapidité de la lecture ou l’efficacité pour elle-même. Une technique aquarellée, qui n’offre pas directement aux images son sens premier, était donc un parti assez naturel.
112.jpg3ème et dernière étape, travail de l'original à l'ordinateur
par David Vandermeulen publié dans : De la création
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