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1 octobre 2007 1 01 /10 /octobre /2007 08:20

Timbre-Haber.jpgDe Fritz Haber, Nernst, Rathenau, Einstein et Weizmann, seul peut-être les deux derniers sont restés célèbres. Lors de mes diverses rencontres avec des étudiants ou des professionnels de la science, enseignants, professeurs ou chercheurs, j’ai été relativement étonné du peu de connaissance historique du monde scientifique. Beaucoup m’ont avoué n’avoir jamais entendu parlé de Fritz Haber avant la lecture de ma bande dessinée. Ce constat n’est pas un phénomène lié au monde scientifique, il est général ; les gens s’intéressent peu à l’histoire. En bande dessinée, par exemple, peu d’auteurs ont lu Christophe, Forton, ou des contemporains de Mc Kay. Ceci n’est pas un problème : l’éventuelle inculture d’un auteur n’a aucune incidence sur la production de ses récits. Ce qui est plus problématique, c’est que le monde scientifique, s’il ne connaît plus son passé et s’il ne s’intéresse plus aux problèmes éthiques que se sont posés des savants comme Einstein, Chargaff ou Oppenheimer, risque très probablement de produire une science évoluant tel un poulet sans tête. Mon ami Jean-Jacques Salomon soulevait très précisément ce point à l’antenne de France Culture le 18 janvier 2007 : « La professionnalisation du scientifique, dans un système où il y a de plus en plus de chercheurs qui sont en compétition pour être les premiers à publier, entraîne précisément le refus à un autre accès, à une autre culture : ils n’en n’ont pas le temps, parce que il faut faire vite, pour prendre des places. Par conséquent, le modèle du scientifique qui est préparé par sa formation à être à la fois philosophe, ou du moins lecteur de romans [ J.-J. Salomon pense ici aux ouvrages de Kraus et de Musil], n’existe pratiquement plus. Je crois que l’un des drames aujourd’hui de la professionnalisation des scientifiques, c’est que, à la différence de Chargaff et bien d’autres, ils sont privés d’une compréhension des problèmes que soulèvent leurs propres pratiques ».

Bien sûr, il serait faux de dire qu’en France les étudiants et les scientifiques professionnels boudent l’histoire et la philosophie des sciences. Que du contraire, les fois où je me suis rendu dans des classes scientifiques pour parler de Fritz Haber, élèves et professeurs manifestaient un réel et puissant désir de connaissance et j’ai toujours été très chaleureusement accueilli. Malheureusement, la spécialisation des programmes universitaires et les dérives de la professionnalisation n’offrent presque plus aux scientifiques le temps de s’instruire au-delà de leur centre de connaissance. Le modèle du savant, comme on le connaissait jusqu’au début du XXe siècle, n’existe plus de nos jours. Comme le souligne très judicieusement Michel Serres dans un récent entretien : « La séparation des sciences et des lettres est un artefact universitaire, créé de toute pièce par l’enseignement. Il a été convenu que l’on sait soit du latin, du grec ou de la littérature moderne, soit de la biologie ou de la physique. Mais cette séparation artificielle n’existait ni chez les Grecs, ni chez les Romains, ni même à l’âge classique. Diderot tente, au XVIIIe siècle, de comprendre ce que dit le mathématicien d’Alembert, et Voltaire traduit Newton. L’université à crée l’étrange catégorie d’ignorant cultivé ».

Aussi, en pensant aux personnes pour qui la science n’est pas familière, je me suis dit qu’il ne serait peut-être pas idiot de préciser que tous les personnages que l’on voit évoluer dans L’Esprit du Temps et Les Héros ont véritablement existé, et que pas un n’a été inventé. Et comme bédéphilie rime avec philatélie, voici quelques timbre-poste...


Timbre-Weizmann.jpg

 

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Published by David Vandermeulen - dans Documents
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