Partager l'article ! Cinématographe: "Sur la toile tendue, sur le plan toujours pur où la vie ni le sang même ne laissent point de traces, les événements les plu ...
"Sur la toile tendue, sur le plan toujours pur où la vie ni le sang même ne laissent point de traces, les événements les plus complexes se reproduisent autant de
fois que l’on veut. Les actions sont hâtées, ou sont ralenties. L’ordre des faits peut être renversé. Les morts revivent et rient. Chacun voit de ses yeux que tout ce qui est, est superficiel.
Tout ce qui fut lumière est extrait du temps ordinaire. Cela devient et redevient au milieu des ténèbres. On voit la précision du réel revêtir tous les attributs du rêve. C’est un rêve
artificiel. C’est aussi une mémoire extérieure, et douée d’une perfection mécanique. Enfin, par le moyen des arrêts et des grossissements, l’attention elle-même est figurée.
Elle vit sur la toute-puissante et mouvementée ; elle participe aux passions des fantômes qui s’y produisent. Elle s’imprègne de leurs manières ; comment on sourit, comment on déclare son amour ; comment on franchit un mur ; comment on tue ; comment on réfléchit visiblement…
Mais l’autre effet de ces images est plus étrange. Cette facilité critique la vie. Que valent désormais ces actions et ces émotions dont je vois les échanges, et la monotone diversité ? Je n’ai plus envie de vivre, car ce n’est plus que ressembler. Je sais l’avenir par cœur".
http://www.magazine-litteraire.com/content/rss/article?id=19993