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5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 09:37

En 1901, Maximilian Harden accorda une entrevue à la Revue Blanche, la célèbrissime revue des frères Natanson (cette revue accueilla les plumes de Tristan Bernard, Blum, Proust, Verlaine, Mirbeau, Jarry, ou encore de quelques illustrateurs de la trempe des Lautrec et Vallotton). Extrait :

 

Maximilian-Harden.jpgJe suis né à Berlin, le 20 octobre 1861. Au sortir du gymnase, dans un esprit d’indépendance, qui, d’ailleurs, n’a jamais cessé de m’ins­pirer, je m’instituai comédien. Trois ans je jouai les jeunes pre­miers... Berlin, Hambourg, etc. Ce n’était pas mon affaire. Je m’ab­sorbai dans des études littéraires ; un peu plus tard, je faisais de la critique à la Gegenwart et à la Nation, la revue des libéraux.
Le prince de Bismarck (en disgrâce depuis mars 1890) avait lu quel­ques articles où je parlais de lui avec le respect dû au génie. Il m’in­vita à Friedrichsruhe. J’ai passé bien des jours dans sa maison simple de gentilhomme campagnard. Je peux dire que c’était un charmeur. — une politesse de grand style, une force de séduction pour ainsi dire lyrique. Nos conversations dans les forêts sont la grande aventure de ma vie. Peut-être suis-je resté un peu enchanté. A son contact, s’était exaltée mon activité politique, et comme je percevais la possi­bilité d’écrire des articles politiques dans une manière nouvelle, une manière contrastant avec la frivole et pédantesque manière en usage, et qu’en outre j’étais soucieux de les pouvoir publier sans contrôle, je fondai, en 1892, la Zukunft : elle eut un succès rapide; cet hebdo­madaire, qui débuta sans capitaux, a maintenant un tirage de onze à douze mille, — chiffre très considérable dans un pays où les revues sérieuses et sans illustrations, ont peu de lecteurs. Sybel, Schweninger, Adolphe Wagner, Schaeffle, Paulsen, Liszt, Lenbach, Lichtwark, Bjœrnson, Lamprecht, etc., etc., y ont collaboré. J’y rédige l’article de tête, des notes brèves (« Mon Carnet »), et la critique dramatique. Mes articles ont été réunis en volumes : Apostata et Littérature et Théâtre. Je prépare un roman.
La Zukunft a eu des frictions avec le gouvernement. On l’a inter­dite dans les gares de Prusse. Elle m’a valu trois poursuites, sous l’in­culpation de lèse-majesté. Deux fois acquitté; la troisième, six mois de forteresse : le tribunal, qui estimait que j’avais dépassé la limite des critiques licites, reconnaissait toutefois que j’étais inspiré de sentiments royalistes.
Bismarck, dont je n’ai jamais goûté la manière en ce qu’elle avait de répressif, me donnait du « socialiste avancé », tout en me gardant sa bienveillance ; lessocialistes me blasonnent volontiers « bismarckien sans phrases ». Je suis peut-être bismarckien, mais alors avec phrases... souvent restrictives; et si je ne suis pas socialiste, ne serais-je pas un anti-bourgeois? Au vrai, je n’aime guère la grande bourgeoisie de commerce, surtout dans sa nuance berlinoise... Je n’aime pas non plus les étiquettes.
Hans de Bülow m’a offert un vieil exemplaire de Paul-Louis Courier, avec cette inscription amie : « Il croit tout ce qu’il dit, disait Mirabeau de Maximilien Robespierre, — et c’est ce que dit de Maximilien Harden H. deBülow. » C’est, en effet, pour pouvoir dire tout ce que je crois que j’ai créé la Zukunft.

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Published by David Vandermeulen - dans Biographies
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