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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 17:38

Dimier-AppelIntellectuelsAllemands.jpgJe commence ici une petite rétrospective (pas si petite que ça, on s’en doutera) des 93 personnalités qui ont signé le fameux Manifeste des 93, manifeste que l’on a également appelé Appel des intellectuels allemands ou, d’un point de vue allemand, l’Appel au monde civilisé.Parce que ce texte est à la base de l’un des plus fameux et tenaces clashs intellectuels entre l’Allemagne et la France, parce qu’il a consolidé pour beaucoup les positions de chaque parti durant les premiers temps de la première Guerre Mondiale, il n’est pas inintéressant de se pencher sur les biographies des 93 intellectuels allemands qui apposèrent leur signature à ce texte. Texte dont j’ai proposé un large extrait à la page 127 des Héros mais qu’il me semble bon, pour introduire les 92 portraits qui accompagnèrent Fritz Haber, d’en proposer ici la forme intégrale.

 





En qualité de représentants de la science et de l’art allemand, nous, soussignés, protestons solennellement devant le monde civilisé contre les mensonges et les calomnies dont nos ennemis tentent de salir la juste et noble cause de l’Allemagne dans la terrible lutte qui nous a été imposée et qui ne menace rien de moins que notre existence. La marche des événements s’est chargée de réfuter cette propagande mensongère qui n’annonçait que des défaites allemandes. Mais on n’en travaille qu’avec plus d’ardeur à dénaturer la vérité et à nous rendre odieux. C’est contre ces machinations que nous protestons à haute voix : et cette voix est la voix de la vérité.

 

Il n’est pas vrai que l’Allemagne ait provoqué cette guerre. Ni le peuple, ni le Gouvernement, ni l’empereur allemand ne l’ont voulue. Jusqu’au dernier moment, jusqu’aux limites du possible, l’Allemagne a lutté pour le maintien de la paix. Le monde entier n’a qu’à juger d’après les preuves que lui fournissent les documents authentiques. Maintes fois pendant son règne de vingt-six ans, Guillaume II a sauvegardé la paix, fait que maintes fois nos ennemis mêmes ont reconnu. Ils oublient que cet Empereur qu’ils osent comparer à Attila, a été pendant de longues années l’objet de leurs railleries provoquées par son amour inébranlable de la paix. Ce n’est qu’au moment où il fut menacé d’abord et attaqué ensuite par-trois grandes puissances en embuscade, que notre peuple s’est levé comme un seul homme.

 

Il n’est pas vrai que nous avons violé criminellement la neutralité de la Belgique. Nous avons la preuve irrécusable que la France et l’Angleterre, sûres de la connivence de la Belgique, étaient résolues à violer elles-mêmes cette neutralité. De la part de notre patrie, c’eût été commettre un suicide que de ne pas prendre les devants.

 

Il n’est pas vrai que nos soldats aient porté atteinte à la vie ou aux biens d’un seul citoyen belge sans y avoir été forcés par la dure nécessité d’une défense légitime. Car, en dépit de nos avertissements, la population n’a cessé de tirer traîtreusement sur nos troupes, a mutilé des blessés et égorgé des médecins dans l’exercice de leur profession charitable. On ne saurait commettre d’infamie plus grande que de passer sous silence les atrocités de ces assassins et d’imputer à crime aux Allemands la juste punition qu’ils se sont vus forcés d’infliger à des bandits.

 

Il n’est pas vrai que nos troupes aient brutalement détruit Louvain. Perfidement assaillies dans leurs cantonnements par une population en fureur, elles ont dû, bien à contre-cœur, user de représailles et cannonner une partie de la ville. La plus grande partie de Louvain est restée intacte. Le célèbre Hôtel de Gille est entièrement conservé : au péril de leur- vie, nos soldats l’ont protégé contre les flammes. Si dans cette guerre terrible, des oeuvres d’art ont été détruites ou l’étaient un jour, voilà ce que tout Allemand déplorera sincèrement. Tout en contestant d’être inférieur à aucune autre nation dans notre amour de l’art, nous refusons énergiquement d’acheter la conservation d’une oeuvre d’art au prix d’une défaite de nos armes.

 

Il n’est pas vrai que nous fassions la guerre au mépris du droit des gens. Nos soldats ne commettent ni actes d’indiscipline ni cruautés. En revanche, dans l’Est de notre patrie la terre boit le sang des femmes et des enfants massacrés par les hordes russes, et sur les champs de bataille de l’Ouest les projectiles dum-dum de nos adversaires déchirent les poitrines de nos braves soldats. Ceux qui s’allient aux Russes et aux Serbes, et qui ne craignent pas d’exciter des mongols et des nègres contre la race blanche, offrant ainsi au monde civilisé le spectacle le plus honteux qu’on puisse imaginer, sont certainement les derniers qui aient le droit de prétendre ait rôle de défenseurs de la civilisation européenne.

 

Il n’est pas vrai que la lutte contre ce que l’on appelle notre militarisme ne soit pas dirigée contre notre culture, comme le prétendent nos hypocrites ennemis. Sans notre militarisme, notre civilisation serait anéantie depuis longtemps. C’est pour la protéger que ce militarisme est né dans notre pays, exposé comme nul autre à des invasions qui se sont renouvelées de siècle en siècle. L’armée allemande et le peuple allemand ne font qu’un. C’est dans ce sentiment d’union que fraternisent aujourd’hui 70 millions d’Allemands sans distinction de culture, de classe ni de parti. Le mensonge est l’arme empoisonnée que nous ne pouvons arracher des mains de nos ennemis. Nous ne pouvons que déclarer- à haute voix devant le monde entier- qu’ils rendent faux témoignage contre nous. A vous qui nous connaissez et, avez été, comme nous, les gardiens des biens les plus précieux de l’humanité, nous crions : Croyez-nous ! Croyez que dans cette lutte nous irons jusqu’au bout en peuple civilisé, en peuple auquel l’héritage d’un Goethe, d’un Beethoven et d’un Kant est aussi sacré que son sol et son foyer. Nous vous en répondons sur notre nom et sur notre honneur.»

 

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Published by David Vandermeulen - dans Des 93
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commentaires

Pascal BOURDOIS 24/09/2010 19:18


Une petite info à partager.


Ayant vu des images de Monet à Giverny tournées par Sacha Guitry, j'ai cherché à en savoir plus.

Wikipedia nous dit qu'"en 1915, Guitry réalise le court-métrage "Ceux de chez nous" en réaction à une proclamation des intellectuels allemands exaltant la culture germanique".

« Je rêvais d'une encyclopédie nouvelle... ». Sacha Guitry a réuni, « selon ses goûts » les plus grandes personnalités de son temps. Il les filme « dans leurs attitudes les plus familières,
c'est-à-dire au travail, chaque fois que cela fut possible ». On y voit André Antoine, Sarah Bernhardt, Edgar Degas, Anatole France, Lucien Guitry, Octave Mirbeau, Claude Monet, Auguste Renoir avec
à ses côtés son jeune fils Claude Renoir, Henri-Robert, Auguste Rodin, Edmond Rostand, Camille Saint-Saëns....

Sur le site "www.autourdu1ermai.fr"

"Or, en 1914, j’avais réuni ceux qui, dans toutes les branches de l’art, m’avaient semblé incarner le génie français. Et j’avais intitulé ce film : «Ceux de chez nous», indirecte et modeste réponse
à l’odieux manifeste des intellectuels allemands". Sacha Guitry

http://www.autourdu1ermai.fr/fiches/film/fiche-film-15.html


Pascal


David Vandermeulen 20/04/2008 17:10

Merci pour ceci, Pascal. C'est vraiment amusant, j'ai découvert ce texte il y a cinq jours !
Oui, Nicolai, c'est amusant aussi - décidément ! - je suis occupé à m'y intéresser car j'en parle dans mon troisième tome, tome que je suis actuellement en train d'écrire. Nicolai est un biologiste qui fut à l'initiative du "Manifeste aux Européens", qu'Albert Einstein signa. Nicolai était probablement l'esprit le plus esseulé de toute l'année 1915 en Allemagne. Car, comme je le fais dire à Romain Rolland lorsqu'il rencontra Einstein à Vevey dans ce troisième tome : "lutter pour la paix sous le kaiserisme est l'équivalent d'une trahison". Je prépare des notes sur tout cela !

pascal 20/04/2008 16:46

Un article très intéressant de A.N.DMITRIEV trouvé sur internet sur "la communauté académique internationale et la Première Guerre mondiale": http://monderusse.revues.org/docannexe3994.html
A décortiquer...
Il cite une référence (27) de l'appel des 4000 qui pourra vous intéresser. La référence (24) sur l'historique de l'appel des 93 (J. et W. Von Ungern-Sternberg) est un clin d'oeil au baron Von Ungen-Sternberg de Corto Maltese dans " la Sibérie". J. Von Ungern-Sternberg est profeseur à l'Université de Bâle. Sur les 4000, une autre référence (non citée) malheureusement en allemand de Sylvia Paletschek (voir p91 du document)http://www.erster-weltkrieg.clio-online.de/_Rainbow/documents/Kriegserfahrungen/paletschek.pdf

Parmi toutes les informations de l'article de Dmitriev p637, il cite le cas de Georg Friedrich NICOLAI dont vous m'aviez entretenu lors d'un précédent commentaire au sujet d'Otto Sackur. Pouvez-vous m'en dire un peu plus sur sa personnalité et son parcours qui semble intéressant.