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20 janvier 2008 7 20 /01 /janvier /2008 10:37
 

Baeyer.jpgJohann Friedrich Wilhelm Adolf von Baeyer (1835-1917), plus connu en France sous le nom simplifié d’Adolf von Baeyer, était un chimiste juif allemand berlinois qui fit ses classes avec August Kekulé en Belgique mais également, comme Fritz Haber, avec l’incontournable Robert Bunsen à l’université d’Heidelberg. Modeste professeur de 1860 à 1872, Baeyer occupa une simple fonction d'enseignant à Berlin puis, à 37 ans, décrocha un poste plus important de professeur à l’université de Strasbourg, devenue fraîchement allemande. Il passa ensuite par l'université de Munich en 1875, pour ensuite occuper la chaire libérée par Liebig, ceci jusqu'en 1915, année où il fut détrôné par un de ses jeunes assistants, sacré nouveau prix Nobel et meilleur ami de Haber, Richard Willstätter. Von Baeyer s’intéressa dans les années 1880 à la structure moléculaire de l'indigo et fut le premier à en réaliser la synthèse, ce qui lui vaudra de recevoir le prix Nobel de chimie 1905, à l’âge de 70 ans, deux ans après l’un de ses plus brillants élèves, Emil Fisher ; il fut le premier juif à être honoré du prix.
Discret et modeste, von Baeyer fuyait les mondanités, se montrait peu en public, et ne s’intéressait pratiquement pas au profit, alors même que ses découvertes apportaient une contribution plus que substantielle – notamment par sa synthèse de l’Indigo mais aussi par son apport à l’analyse médicamenteuse de l’aspirine et au succès certain de la BASF – au développement de la chimie industrielle allemande de son temps. Ces vertus rares auraient pu faire de lui un signataire du manifeste des 93 tout à fait atypique, loin des idées préconçues que se faisaient les Français au sujet de l’intellectuel allemand, mais ce serait oublier que le Pr. von Baeyer fut l’un des premiers, en 1887, à travailler sur les gaz lacrymogènes et à en prôner l’usage en temps de guerre. Il mourut à Stamberg le 20 août 1917.


P.S. : Page AGENDA actualisée.

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Published by David Vandermeulen - dans Des 93
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David Vandermeulen 20/01/2008 16:20

Merci beaucoup pour ces pistes !
Il semblerait que Wikipédia se trompe, car le contre-appel au 93 que signa Einstein (ce fut d’ailleurs le seul et unique document qui marqua une prise de position publique d’Einstein) date du 14 octobre 1914, soit 10 jours exactement après la publication officielle du manifeste des 93 (c’est donc après la scène chez Haber).
Ce contre-manifeste, baptisé « l’Appel aux Européens », fut lancé par Georg Friedrich Nicolaï, un physicien allemand (né Lewinstein) et grand ami d’Einstein. Cet élan pacifiste, outre le fait qu’il était un acte de courage inouï dans l’Allemagne de 14, fut un véritable échec puisqu’il ne rencontra en tout et pour tout que quatre signatures : celle bien sûr de Nicolaï ; celle de Friedrich Wilhelm Foerster (que l’on ne confondra pas avec le signataire des 93 Wilhelm Foerster), philosophe et professeur à Munich, connut surtout pour son pacifisme d’après-guerre (c’était ce que l’on a appelé un « pacifiste radical ») ; celle d’Otto Buek, médecin et philosophe d’origine russe, ami entre autre de Lou Andreas-Salomé, éditeur de Kant et donc assez proche d’Hermann Cohen ; et enfin de celle d’Einstein, contacté directement par Nicolaï. Malgré sa très prompte réaction à l’appel des 93, 10 jours après, donc, l’appel de Nicolaï ne fut publié qu’en 1917, et encore, hors de l’Allemagne. Je publierai bientôt cet appel dans son intégralité.
Quant aux relations entre Born et Haber, elles sont mouvantes. Born ne cache pas qu’il fut tout simplement outré par la demande de Haber en 14 de rejoindre son équipe de recherche en gaz de combat. Ils se sont néanmoins réconciliés, en 1917 si je ne me trompe pas, quand Haber s’intéressa de près aux travaux de Born lorsque celui-ci était revenu à Berlin Dahlem pour se procurer auprès de Franck des données empiriques pour ses études sur « le calcul des chaleurs de réaction par les énergies réticulaires » (l’expression est de Born). C’est cet intérêt de Haber qui donna le cycle Born-Haber, justement. Quoiqu’il en soit Born n’était pas dupe et dans sa correspondance avec Einstein, on découvre que c’est lors de ce travail en commun que Born a véritablement fait la connaissance de ce « barbare enragé » (le mot repris par Born est d’Einstein).
Quant aux propositions faites à Sackur et Born, je ne retrouve plus les documents qui pourraient répondre exactement à la question, mais il me semble bien que tous les grands professeurs de l’époque ont été sollicités. Sackur le fut inévitablement puisque Engler et Willstäter, qui appartenant à la cellule Haber furent des 93. Ceci ne veut pas dire que Sackur refusa de signer : peut-être que son nom n’était-il pas assez connu ; il existe en plus des 93, plus de 4000 signatures adhérentes, je ne connais malheureusement pas cette liste-là…

Pascal BOURDOIS 20/01/2008 12:59

Bonjour,

J'ai découvert vos deux remarquables ouvrages à la fin de l'année dernière. En chimie, le cycle de Born-Haber est connu. Quelles étaient les relations Born et Haber? Pouvez-vous nous en dire plus sur la personnalité de Born qui n'a pas signé le manifeste des 93 (l'a-t-on sollicité?, même question pour Otto Sackur). En 1913, Einstein a cosigné un appel pour la paix avec 3 autres scientifiques (cf wikipédia). Quels étaient-ils? Connaissez-vous la date de cet appel (avant ou après l'après-midi d'avril 1913 chez Fritz haber?).

Pour revenir à Otto Sackur, vous pouvez peut-être trouver une photo (cf site http://janus.lib.cam.ac.uk/db/node.xsp?id=EAD%2FGBR%2F0014%2FMTNR%208;recurse=1 ( Including photographs of Otto Hahn and Otto Sackur in a group, 1905 (1))
rem : Otto hahn non signataire également.

Sur internet, on retrouve également Otto Sackur présent dans l'arbre généalogique réalisé par une personne http://www.bielschowsky.nl/Dobrin/1008.html

Enfin, vu sur ce site une photographie de Fritz Haber jeune étudiant, http://www.geocities.com/bioelectrochemistry/haber.htm

Cordialement,

Pascal