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3 février 2008 7 03 /02 /février /2008 11:40
undefinedAttention, Cimes de Vincent Fortemps est une bande dessinée de poésie...

Lu récemment sur http://bullesenstock.canalblog.com :

Vandermeulen écrit une ambitieuse biographie très documentée, complète et instructive sans chercher le divertissement. Toutefois cette BD est un peu difficile d’accès. Le traitement graphique est original. Toutes les planches sont en aquarelle de couleur sépia et tous les textes sont inscrits en bas des cases ou sur des petites cases noires. Tout ceci donne l’impression de voir un film du début du XXème siècle. Cette série est une réussite mais elle intéressera vraiment les connaisseurs et les fanas d’histoire.

 

J’aimerais entamer ici quelques notes relatives à quelques idées préconçues ou qui me paraissent fausses, et que certaines chroniques peuvent parfois propager. Loin de moi l’envie de réagir comme peut le faire parfois Manu Larcenet, dont chacun qui le connaît un peu sait qu’il souffre assez mal la critique injuste (mais Manu Larcenet est un tempérament, et ce travers lui appartient et fait aussi son charme, on ne change pas une « tête de lard », n’est-ce-pas), j’aimerais commencer ma réflexion en commentant cette petite intervention ci-dessus et qui au demeurant aborde mon livre de façon plutôt positive et gentille. Ceci non pas comme pourrait le faire Manu Larcenet, en justifiant devant vous mon travail ou ma personne, mais avant tout pour souligner un travers assez commun que je perçois au sein de la sphère bédéphile, je veux parler de cette idée forte qui ne souhaite voir dans le programme que se donne la bande dessinée que l’édification d’une lecture légère et délassante. Le petit extrait que j’ai reproduis est selon moi particulièrement révélateur, puisqu’il semble avoir été écrit par quelques amateurs éclairés qui ne se contentent pas de chroniquer leurs lectures BD sur Internet, mais qui organisent également des entretiens avec des auteurs, entretiens et chroniques qui sont aussi, semble-t-il, diffusés sur des ondes radios. Ainsi, la petite chronique qui a la bienveillance de s’intéresser à mon travail se doit de préciser à son public que ma « série », si elle est bien une réussite, ne plaira vraisemblablement qu’aux connaisseurs (connaisseurs de quoi, cela n’est pas dit) et aux « fanas d’histoires », une expression étrange, qui fait penser à ces gens qui les week-ends aiment à se déguiser et à mimer des situations dans les conventions moyenâgeuses ou napoléoniennes.

Alors, peut-être que ce qui est dit dans cette chronique n’est pas entièrement faux, la question ici n’est pas de remettre en cause l’avis de ces personnes, mais elle me semble néanmoins intéressante parce qu’elle montre fort bien qu’au sein-même des amateurs éclairés, des semi-professionnels comme de certains grands médias généralistes, la bande dessinée reste avant tout un produit de plaisir lié au divertissement. Il paraît donc toujours nécessaire et indispensable de mettre le lecteur en garde lorsque la bande dessinée quitte son lit et se déverse sur les champs de la poésie, des sciences humaines ou politiques ; ce type d’avertissement ne cessera de me paraître étrange.

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Published by David Vandermeulen - dans Commentaire sur les commentaires
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commentaires

Mr Vandermeulen 08/02/2008 12:16

Le Rottweiller était pour Adorno, Docteur, et certainement pas pour vous, je ne me permettrais pas. Adorno qui, le petit comique, aimait signer certains de ses papiers Hektor Rottweiller...
Votre image de la tour est fameuse ! C'est du Peeters & Schuiten ! (revisité, bien sûr, revisité, je ne voudrais pas m'attirer de foudres...)
Oui, c'est vrai, je crois encore un peu à cette jeunesse perdue... Ah là là...

Docteur O 08/02/2008 12:15

Nos flancs! Quoique l'image serait aussi amusante.

Docteur O 08/02/2008 12:05

Mais non Mr Vandermeulen, je ne m'agace pas plus que ça, et je n'ai rien d'un rottweiller enragé contre quiconque. Je dois faire attention à mes ulcères, c'est certain - ne me souhaitez pas de tumeurs je vous prie, mais pour se faire j'évite simplement les nourritures trop grasses ou trop sucrées, et un enivrement trop régulier.

Pour autant je ne peux partager votre vision sociologique désespérée. Permettez-moi aussi quelques images osées, issues du croisement de Flaubert, de Leibniz et de Deleuze. Nous baignons certainement dans les fèces, et nos flans en seront constamment battus. Pour autant plutôt que des tours d'ivoire nous sommes des tours vibratiles. Sous les flots de merde les sombres fonds qui les agitent et soubassent précairement la tour, dans la tour agitée un étage du bas envahit par la merde qui l'altère et la macule, mais dans la tour un étage du haut, une pièce close privée qui n'est affectée que par les plissements d'une toile qui remonte de la pièce du bas. Je crois que cette description de la conscience n'est pas totalement utopique, et quelque soit la bêtise de la conscience, les flots d'excréments qui la batte et l'envahisse, les sombres fonds qui la secoue, l'obligeront à un moment ou à un autre à parer sa pièce du haut, sauf effondrement définitif.

Enfin cette image omet beaucoup d'éléments, en particulier les séries collectives et métaphysiques, mais je ne vais pas développer à outrance, ce serait trop indigeste.

Et si vous persistez à tenir ici salon, c'est bien que vous n'avez pas désespéré totalement de l'édification de la jeunesse.

Cordialement,

Dr O.

Cf. Correspondance entre Flaubert et Tourgueniev
Cf. Deleuze, Le Pli (Leibniz et le baroque).

Mr Vandermeulen 08/02/2008 10:15

Oui, Docteur, on perçoit dans la construction de vos idées que Benjamin n’est pas loin de vous, et peut-être aussi Adorno. Ce bon Adorno qui, rappelons-nous, tel un rottweiller enragé, s’agaçait tant de l’avènement du jazz… Bien entendu que les effets étranges que j’ai souligné dans ma petite note s’étendent et sont reproduits bien au-delà de la sphère bande dessinée.
Mais si je devais créer un exemple qui illustre ce à quoi je pensais plus précisément, je dirais que la personne qui déclare apprécier Baudelaire, Rimbaud ou Eluard (pour offrir à notre modèle de la consonance à ses lectures), sera généralement considéré par son libraire comme un lecteur avisé, pointu, voire raffiné ; tandis que le même personnage confessant à son libraire BD des goûts spécifiques pour les productions du Frémok, de la Cinquième Couche, sera vu quant à lui par ce dernier comme un doux excentrique, un marginal, un « martien ».
Je n’imagine pas une filiation spéciale entre les productions de type Frémok et la poésie du XIXe siècle, bien entendu, mais ces deux types de productions se positionnent selon moi en marge et à distance équivalente de la production générale. Production générale qui, comme vous le souligniez très justement, se démarque par sa forte vocation divertissante.
Mais si je peux me permettre un conseil, Docteur, ne vous agacez pas de ces productions qui surfent sur la vague de l’humour vulgaire, vous ne feriez qu’enflammer vos tumeurs variqueuses. La brèche par laquelle se déverse toutes les fèces pestilentielles que nous connaissons ne cesse de s’entrouvrir ; et elle ne rétrécira plus jamais.

Docteur O 08/02/2008 08:55

Je me risque à un commentaire sur le commentaire du commentaire sans pour autant viser l'abîme...

Je crains qu'aucune publication particulière ne pourra faire revenir sur cette association de la bande dessinée à un délassement et à quelque chose de léger et sympathique. Je crains même qu'il s'agisse là du sort de tous les arts dont la production passe par une forme de production et/ou de diffusion industrielle (cinéma et littérature -livres - notamment). A force, tout ceci n'est plus surprenant, le tout étant de continuer à croire que si la norme écrasante est le divertissement, elle n'exclut pas outre mesure d'autres visées dans les pratiques et les productions de bande dessinée.

Quoiqu'il en soit, il est toujours curieux de voir un livre de bande dessinée apprécié et dans le même mouvement renvoyé à une anormalité, comme si on devait apposer un sticker "prise de tête" à tout ce qui ne rentrerait pas dans le moule du divertissement bon enfant...

Pour ma seule part, j'avoue que lorsque ce qui se prétend divertissement bon enfant me tombe sous les yeux, c'est plutôt une grande colère qui m'assaille. Les blagues sur les blondes par exemple sont d'une grande bêtise, une forme de misogynie contemporaine abâtardie, et l'humour et le dessin sont d'une faiblesse insupportables. Les personnes qui font ce genre de livres n'ont manifestement jamais mis les pieds dans un cabinet médical, ou alors veulent définitivement ignorer ce qui s'y déroule.

Cordialement,

Docteur O***