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15 février 2008 5 15 /02 /février /2008 11:11

bertholet.jpgLorsque Eric Heilmann, maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg m’invita pour parler de Fritz Haber, il eut la très bonne idée d’inviter une autre personne pour qui Haber a été un matériau de base à son travail, le jeune dramaturge (né en 1977) Mathieu Bertholet, auteur d’une pièce titrée Farben, et disponible depuis 2006 dans la collection Papiers chez Actes Sud. Ma rencontre avec cet auteur que je ne connaissais pas fut réellement intéressante car Mathieu Bertholet, outre le fait qu’il aborde le cas de Fritz Haber au théâtre, propose un ton et une forme à mille lieues de mon travail.

 

Bertholet écrit donc du théâtre contemporain. Il a déjà reçu de nombreux prix, et pas des moindres, comme celui du Prix Jeunes Auteurs de la Radio Suisse Romande en 1997, ou celui du Burgtheater de Vienne en 2001 pour sa pièce Discothèque. Il est joué à Genève, à Vienne, à Londres, en Italie, il est, si je ne me trompe pas, actuellement en Californie, bref, tout se passe bien pour lui, et s’il continue ainsi encore quelques lustres, il est fort à parier que son nom deviendra incontournable.

 

J’ai donc lu sa pièce Farben (couleurs en allemand) avec un très grand intérêt. Tout d’abord, ce travail m’a fortement étonné, de par sa forme surtout (je vais encore le confesser ici : je ne suis pas très au fait de ce qui se fait en matière de théâtre contemporain), car Farben est une pièce qui comporte pas moins d’un prologue et quatre actes, sept lieux différents et plus de 130 scènes. Un rythme particulièrement hachuré, donc, proche du zapping télévisuel. Je dis zapping sans dérision puisque Mathieu Bertholet quand on lui pose quelques questions sur la forme particulière de son théâtre explique sans complexe que ses pièces tendent à s’approcher au mieux du rythme des productions cinématographiques et télévisuelles du moment. Mathieu Bertholet fait référence à la culture MTV comme au cinéma d’action hollywoodien, seul à même, selon lui, à demeurer en phase avec les attentes du public d’aujourd’hui, habitué – apprivoisé ? – à consommer les fictions sur un rythme que nous qualifierons « d’alerte » pour ne pas trop sombrer dans la caricature. Cette approche formelle se veut donc, selon Bertholet toujours, une transposition de la rythmique filmique contemporaine, incarnée par les nouvelles cadences qui font la spécificité de l’art du clip, ou, et ce n’est pas trop se tromper que de le dire, de la sphère médiatique dans son ensemble. C’est principalement pour cela, disait encore Berthelot, que les pièces de Racine et d’autres classiques du genre ne trouvent plus qu’un intérêt modéré au sein du public contemporain ; le constat semble s’affirmer de manière éclatante et indéniable : les longs monologues ainsi que les scènes « interminables » sapent l’acuité du spectateur de l’an 2000.

 

Au-delà de cette forme, il faut souligner que la pièce de Berthelot est formidablement bien documentée. Si bien que, pour être devenu moi-même, par la force des choses, un fin connaisseur de Fritz Haber, j’ai pu goûter à toutes les subtilités qui font le texte, et juger de toute la suite de finesses Bertholetiennes et dont il est clair que la majorité des lecteurs passera à côté. Mais ce manque de perception, réjouissons-nous pour Mathieu Bertholet, n’a eu aucune incidence sur les choix des membres du jury, puisque, malgré tous les détails et les subtilités historiques, ceux-ci ont tout de même décerné le prix du Schauspielhaus de Hambourg à Farben.  

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Published by David Vandermeulen - dans Littératures attenantes
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commentaires

traeger isabelle 25/01/2011 12:09


Bonjour,
je suis l'arrière petite fille de Fritz Haber et j'aimerais vraiment voir la pièce de théâtre Farben, pouvez vous me dire quand et ou sera joué cette pièce a nouveau
cordialement Isabelle Traeger


nursing dissertation 17/10/2009 10:02


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David Vandermeulen 16/02/2008 10:05

Ah oui, non. Je vois où tu veux en venir.
Oui, mais, mon bon Morvandiau, si nous avons suivit les mêmes élans que M. Berthelot en "rajeunissant" le théâtre de Corneille et que nous avons connus l'échec commercial et critique, c'est parce que nous avions eu l'outrecuidance de faire tout cela pour rire. Il n'y a que le premier degré qui paie de nos jours, vous le savez tout de même ça, mon ami...

David Vandermeulen 16/02/2008 09:45

Heu... tu ne t'es pas trompé de blog, toi ?

Morvandiau 15/02/2008 23:44

Et le Cid, version 6.0, l'avez-vous lu mon ami?
ça marche très fort aussi: on en a bien vendu 50 !