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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 19:29

Fritz1891.jpgLe Haber des 17 ans, comme il est introduit dans le récit, était l’archétype du jeune homme allemand instruit et cultivé de la fin du XIXe siècle. Il appartenait à cette jeunesse souhaitant mener une existence propre, autrement que celles de ses pères, persuadée que rien n’est désormais non modifiable ou non améliorable de quelque façon, si bien que plus aucune loi ne demeurait pour elle définitive. Les enfants de cette Allemagne inédite, qu’un gouffre générationnel d’une portée jamais encore observée jetait sans émoi dans un monde en plein bouleversement, incarnaient la passion, l’impatience et les espérances les plus folles. Il n’en restait pas moins que ces jeunes gens optimistes et déterminés devaient se heurter à un monde devenu particulièrement complexe, où malgré tout, le simple fait de s’imposer tenait de la performance, et plus encore si l’on était issu, comme l’était le jeune Haber, de la communauté juive. Pour un juif comme Haber, sensible à l’art de commander et avide d’études universitaires, il était commun de dire : « Abandonnez toute espérance » [1].

Ce célèbre vers que le poète imagina au fronton de la porte de l’Enfer, Lasciate ogni speranza, « abandonnez toute espérance », fut, comme le rappelait en 1919 le sociologue Max Weber, une formule que l’on adressait communément aux juifs d’Allemagne qui aspiraient à la carrière académique.

La vie universitaire est donc livrée à un hasard sauvage. Quand de jeunes savants viennent demander des conseils pour leur habilitation, prendre la responsabilité de les encourager est presque impossible. S’agit-il d’un juif, on lui dit naturellement : Lasciate ogni speranza [2]

[1] D’après Margit Szöllösi-Janze, Fritz Haber, 1868-1934, eine biographie, C.H. Beck, et Fritz Stern, Grandeurs et défaillances de l’Allemagne du XXe siècle, Fayard, 2001.
[2] Max Weber, La profession et la vocation de savant in Le savant et le politique, édition établie par C. Colliot-Thélène, La Découverte, 2003, p. 75.

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Published by David Vandermeulen - dans Documents
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commentaires

effer 20/03/2008 16:37

je ne souhaite vexer personne.
Il y a quelqu'un de vexé ici ?
Il ne se sont pas manifestés, ah si, vous...
;-))

David Vandermeulen 20/03/2008 07:48

Attention, Effer, votre remarque pourrait heurter la sensibilité des personnes capilairement déficientes, nous sommes sur un blog dont les commentaires sont modérés a priori, je vous le rappelle.

effer 18/03/2008 16:16

Il "portait beau" fritz Haber jeune homme mais surtout avec des cheveux!
;-)