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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 13:43

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bluebook

Alors que la définition contemporaine du mot génocide date de 1948, le pape Jean-Paul II, en 2001, qualifiait le drame arménien de « premier génocide du XXe siècle », ce que n’a pas manqué de rappeler, ce mois-ci, avec plus de bruit encore – centenaire, oblige –, le pape François. Pointer le génocide arménien comme premier génocide du XXe siècle, c’est cependant oublier le génocide des Hereros et des Namas, perpétré par les troupes coloniales allemandes, de 1904 à 1908, dans le Sud-Ouest africain, actuelle Namibie. Il faut dire que la nouvelle, quand elle s’ébruita à partir de 1906 dans la presse socialiste allemande, ne fit pas de remous bien longtemps. Et elle n’en fit d’ailleurs guère beaucoup plus lorsque la nouvelle traversa les frontières… C’est avant tout la presse anglaise qui s’empara du sujet, lorsqu’en 1915, il fut annoncé dans ses feuilles que l’Allemagne perdait l’une de ses plus vastes colonies. On parla des horreurs allemandes sur les populations locales, des centaines d’exécutions sommaires, de la politique du viol systématique, des camps de concentrations, des expériences médicales sur les détenus… Mais l’information se noya rapidement ; il faut dire que durant cette année 1915, réfléchir sur les horreurs du passé n’était pas une priorité ; il y avait bien assez de drames et de victoires sur l’ennemi à couvrir. De ce génocide, on s’en souvint juste en 1919, à Versailles, pour accabler un peu plus encore l’Empire déchu. Puis, après le 28 juin 1919, lorsque fut signé le traité, plus rien, l’oubli.  On dira que ce fut un problème de calendrier si ce génocide des Hereros et des Namas – de pauvres âmes chrétiennes, pourtant – tomba dans un tel oubli que même les papes actuels n’en font plus état.

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C’est à travers mes recherches sur Walter Rathenau, vers l’année 2004 – année de la commémoration du centenaire du génocide ; décidément ! – que j’ai commencé à m’intéresser à cet évènement que Hannah Arendt avait qualifié de « grande répétition allemande »*. Rathenau avait été choisi par Guillaume II pour accompagner Dernburg dans le Sud-Ouest africain afin d’établir un rapport sur les exactions des troupes coloniales. C’est par ce sujet que s’ouvre, sur une quinzaine de pages, le tome II de Fritz Haber. A l’époque, je m’étais étonné du manque de documentation disponible. Aucun livre digne de ce nom n’existait en français, il y avait bien Tristan Mendès-France qui s’était mobilisé sur la question, mais en réalité, en 2007, j’étais, avec la quinzaine de pages de ma petite bande dessinée, quasi le seul auteur francophone à avoir abordé ce génocide.

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Herero-de-Berlin.jpgL’année suivante, en 2008, paraissait un article dans La Revue d'histoire de la Shoah**.

Il faudra attendre encore 8 ans pour que paraisse enfin un livre entièrement consacré à ce sujet. Il ne s’agit pas du livre d’un historien ; toujours pas, non. C’est une romancière française, Élise Fontenaille-N’Diaye, connue notamment pour ses romans destinés aux adolescents, qui s’y est collée. Cela s’appelle Blue Book, du nom d’un rapport que les Anglais ont mené à bien, après qu’ils aient pris procession du Sud-Ouest africain. C’est la première fois que des extraits de ce rapport sont traduits en français. Mais Blue Book n’est pas une simple traduction de ce rapport, c’est avant tout un excellent récit d’Élise Fontenaille-N’Diaye. Elle y raconte de façon concise, précise et efficace, l’histoire de cette colonie allemande (1883-1915) et le destin, terrible et effrayant, de ces populations herero et nama. C’est à lire, sans attendre. Sans attendre qu’un éditeur français publie le travail d’un historien, car après bientôt 110 ans, il n’est pas certain que cela se fasse un jour de notre vivant.   


 

* Ce sont peut-être l’ancien gouverneur du Sud-Ouest africain (1885-1890) Heinrich Goering, père d’Herman Goering, et le médecin eugéniste Eugen Fischer, inspirateur d’Adolf Hitler sur les questions raciales et professeur de Josef Mengele, qui aidèrent Hannah Arendt à user de cette expression de « grande répétition allemande ».  

** En 2008, dans le n°189 de La Revue d'histoire de la Shoah, Joël Kotek (qui vient de coécrire avec Didier Pasamonik et Tal Bruttmann, Mickey à Gurs, les carnets de dessins de Horst Rosenthal, chez Calmann-Lévy – j’en parlerai certainement bientôt) a publié un article de quelques pages titré Le génocide des Herero, symptôme d’un Sonderweg allemand ?

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Published by David Vandermeulen - dans Littératures attenantes
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commentaires

fontenaille 22/12/2015 19:48

merci ! ( elise