Samedi 12 avril 2008
Influent banquier juif allemand né en 1854, dans les quartiers pauvres de Dresde, Leopold Koppel entama en 1870 une carrière d'homme d'affaires et fonda sa propre banque dès les années 1880, date où il quitta Dresde pour Berlin. Grâce au rôle financier qu'il eut avec la Deutsche Gasglühlicht AG, ainsi que sa réussite dans la Compagnie des Hôtels, sa fortune fut si fulgurante qu'il devint l'une des plus riches personnalité de Prusse. Il membre de nombreux directoires d'entreprises, et de trusts financiers. En 1903, Koppel se lança dans quelques initiatives philanthropiques. Il créa, sans grand succès, une fondation pour les sans-abris, la Bekämpfung des Schlafstellenunwesens. En plus de ces activités, Koppel s'intéressa particulièrement aux sciences et aux arts, notamment en fréquentant d'illustres personnalités issues de ces milieux. En 1905, l'industriel Emil Jacob introduisit Koppel auprès de Friedrich Althoff, conseiller attaché au ministère de la Culture de Prusse et proche des milieux scientifiques influents. Ces conditions avantageuses poussèrent Koppel à créer sa propre fondation pour la promotion des sciences, en mettant sur pied la Fondation Koppel. Très vite, Koppel s'imposa assez facilement comme le meilleur défenseur des sciences de Guillaume II. En 1910, il eut l'idée de fonder à Berlin un institut indépendant pour la chimie physique et l'électrochimie, pour lequel il pourrait élire un directeur juif. Haber était selon lui l'homme le plus qualifié pour endosser ce rôle, et du 20 au 24 mai 1910, Koppel invita, pour une suite de conversations confidentielles, Haber à Berlin (Pour des raisons de fluidité propre au rythme de la bande dessinée, la scène entre Haber et Koppel dans le tome II a été placée directement après une autre visite de Haber à Berlin, deux ans plus tôt, en mai 1908). Koppel offrit 700.000 Marks pour la construction et l'installation de l'Institut de Physique-Chimie de Berlin-Dalheim. Haber en fut officiellement nommé directeur en juin 1911 et l'Institut fut inauguré de façon magistrale en présence de l'empereur, le 23 octobre 1912.
par David Vandermeulen publié dans : Biographies
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Mercredi 5 décembre 2007

En 1901, Maximilian Harden accorda une entrevue à la Revue Blanche, la célèbrissime revue des frères Natanson (cette revue accueilla les plumes de Tristan Bernard, Blum, Proust, Verlaine, Mirbeau, Jarry, ou encore de quelques illustrateurs de la trempe des Lautrec et Vallotton). Extrait :

 

Maximilian-Harden.jpgJe suis né à Berlin, le 20 octobre 1861. Au sortir du gymnase, dans un esprit d’indépendance, qui, d’ailleurs, n’a jamais cessé de m’ins­pirer, je m’instituai comédien. Trois ans je jouai les jeunes pre­miers... Berlin, Hambourg, etc. Ce n’était pas mon affaire. Je m’ab­sorbai dans des études littéraires ; un peu plus tard, je faisais de la critique à la Gegenwart et à la Nation, la revue des libéraux.
Le prince de Bismarck (en disgrâce depuis mars 1890) avait lu quel­ques articles où je parlais de lui avec le respect dû au génie. Il m’in­vita à Friedrichsruhe. J’ai passé bien des jours dans sa maison simple de gentilhomme campagnard. Je peux dire que c’était un charmeur. — une politesse de grand style, une force de séduction pour ainsi dire lyrique. Nos conversations dans les forêts sont la grande aventure de ma vie. Peut-être suis-je resté un peu enchanté. A son contact, s’était exaltée mon activité politique, et comme je percevais la possi­bilité d’écrire des articles politiques dans une manière nouvelle, une manière contrastant avec la frivole et pédantesque manière en usage, et qu’en outre j’étais soucieux de les pouvoir publier sans contrôle, je fondai, en 1892, la Zukunft : elle eut un succès rapide; cet hebdo­madaire, qui débuta sans capitaux, a maintenant un tirage de onze à douze mille, — chiffre très considérable dans un pays où les revues sérieuses et sans illustrations, ont peu de lecteurs. Sybel, Schweninger, Adolphe Wagner, Schaeffle, Paulsen, Liszt, Lenbach, Lichtwark, Bjœrnson, Lamprecht, etc., etc., y ont collaboré. J’y rédige l’article de tête, des notes brèves (« Mon Carnet »), et la critique dramatique. Mes articles ont été réunis en volumes : Apostata et Littérature et Théâtre. Je prépare un roman.
La Zukunft a eu des frictions avec le gouvernement. On l’a inter­dite dans les gares de Prusse. Elle m’a valu trois poursuites, sous l’in­culpation de lèse-majesté. Deux fois acquitté; la troisième, six mois de forteresse : le tribunal, qui estimait que j’avais dépassé la limite des critiques licites, reconnaissait toutefois que j’étais inspiré de sentiments royalistes.
Bismarck, dont je n’ai jamais goûté la manière en ce qu’elle avait de répressif, me donnait du « socialiste avancé », tout en me gardant sa bienveillance ; lessocialistes me blasonnent volontiers « bismarckien sans phrases ». Je suis peut-être bismarckien, mais alors avec phrases... souvent restrictives; et si je ne suis pas socialiste, ne serais-je pas un anti-bourgeois? Au vrai, je n’aime guère la grande bourgeoisie de commerce, surtout dans sa nuance berlinoise... Je n’aime pas non plus les étiquettes.
Hans de Bülow m’a offert un vieil exemplaire de Paul-Louis Courier, avec cette inscription amie : « Il croit tout ce qu’il dit, disait Mirabeau de Maximilien Robespierre, — et c’est ce que dit de Maximilien Harden H. deBülow. » C’est, en effet, pour pouvoir dire tout ce que je crois que j’ai créé la Zukunft.

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Mercredi 28 novembre 2007
eugenfischer.jpg
Fischer fut en quelque sorte le successeur de Haber puisqu’il devint en 1934 recteur de l’université de Berlin et dirigea la chaire d’Anthropologie, de l’Hérédité Humaine et de l’Eugénique du Kaiser-Wilhelm Institut de Berlin-Dahlem (financé en grande partie par des dons de la fondation américaine Rockefeller ! ), où il dispensa ses premiers cours racistes aux docteurs SS, dont le plus tristement célèbre fut certainement le Dr Joseph Mengele, qui devint son plus brillant assistant. Dès 1936, il fut l’un des premiers à réclamer ouvertement la stérilisation forcée des retardés et des « racialement déficients ». Hormis Fischer, retraité, tous les scientifiques eugénistes retrouvèrent des postes à l’université ou des fonctions d’experts après la guerre. Le Dr Fischer quitta l’université en 1942 et, contrairement au Dr Mengele qui dut fuir vers l’Amérique du Sud, il ne fut quant à lui jamais inquiété, à l’instar des théoriciens experts de l’hygiène raciale Lenz, Rüdin, Ritter, Verschuer, ou de son grand ami, le philosophe Martin Heidegger.
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Mardi 27 novembre 2007
eugen-fischer.jpgAutre terrible personnage, de ceux qui rendent le bilan d’un scientifique comme Fritz Haber presque commun, Eugen Fischer. Avec son prénom qui le prédisposait à de grandes choses (Du grec eu, « bien » et genos, « race », la signification du prénom Eugène peut se lire « bonne race »),Fischer (Karlsruhe 1874 - Fribourg en Breisgau 1967) fut l’un des plus importants anthropologues allemands, spécialiste de la question eugénique. Ancien professeur d’anatomie, il s’est fait connaître du grand public, en 1913, comme l’auteur d’une étrange thèse, Die Rohoboter Bastards (Les Bastards de Rehobot), qui se penche sur la dégénérescence imputée au mélange des races en Afrique du Sud, et tout spécialement aux enfants issus des relations entre Européens et Hottentots. Mais son ouvrage le plus important fut Les Principes Fondamentaux de la Science de l’Hérédité Humaine et de l’Hygiène Raciale, qu’il écrivit en 1921, avec Erwin Baur (1875-1933) et le Dr Fritz Lenz (1887-1976), son ancien élève, avec qui il fonda en 1910, la section d’hygiène raciale à l’Université de Fribourg-en-Brisgau. C’est à partir de cet ouvrage, on le sait, qu’Adolf Hitler, qui avait lu en 1924 Les Principes Fondamentaux de la Science de l’Hérédité lors de sa détention après son putsch manqué de Munich, bâtit sa théorie politico-raciale dans Mein Kampf . En 1931, deux ans avant l’avènement du parti nazi au pouvoir, Fischer encensait déjà Hitler en affirmant que seul la politique hitlérienne serait capable de mener à bien l’Allemagne, et il considérait Adolf Hitler comme le seul politicien capable d’envisager sérieusement la question eugénique. En 1932, Fischer devenait officiellement membre du parti Nazi et fut très vite promu directeur du bureau de statistique du Reich en Hygiène Raciale et son application politique à l’Académie de Médecine d’Etat de Berlin-Charlottenburg.
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Mardi 20 novembre 2007
Trotha.jpg




Le second tome de Fritz Haber s’ouvre avec la citation d’un beau salopard, j’ai nommé le général Adrian Dietrich Lothar von Trotha. Trotha (1848 - 1920) fut général des forces coloniales allemandes en Afrique de 1896 à 1908. Habitué des campagnes « musclées », von Trotha était systématiquement l’homme que Berlin envoyait lorsqu’un problème venait à se déclarer dans les colonies. Il fit ses armes en 1896 dans les colonies allemandes d’Afrique de l’Est, en compagnie du terrible Carl Peters, pour y dompter la révolte des Hehes et des Maji-Maji (plus de 120.000 morts). Puis en 1900, en Chine, il fut envoyé pour soutenir le général von Waldersee lors de la révolte des Boxers. Le 11 juin 1904, von Trotha fut envoyé avec 3.500 soldats (6.000 autres suivront plus tard) à Swakopmund, dans le Sud-Ouest africain pour mater la révolte herero. Il y fut très efficace puisque seulement un peu plus de 10 % de la population herero survécut à sa politique…
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Samedi 27 octobre 2007
Einstein2.jpgSi la lettre qu’il envoya au président Franklin D. Roosevelt le 2 août 1939 lui causa une très mauvaise publicité, Albert Einstein n’en demeure pas moins un très grand esprit de courage et de volonté. On a retenu de lui ce qu’il accepta, mais une tendance assez étonnante et persistante souhaite que l’on oublie tout ce qu’il a eu le courage de refuser. Sollicité de toute part, Einstein réussit néanmoins à rester fidèle à ses convictions alors que celles-ci n’étaient certainement pas à la mode de l’Allemagne. Sa position antimilitariste, pour n’évoquer que cette dimension, fut particulièrement difficile à tenir, et très peu de grandes figures, politiques, culturelles ou intellectuelles, ont su aussi bien que lui défendre cette position, tant la critique de la guerre était, dans les années 1914 et 1915, unanimement interprétée comme la marque d’un anti-patriotisme intolérable. J’essaie de faire comprendre dans Les Héros, à quel point la position de Einstein était difficile à tenir ; Einstein était amené à côtoyer les savants qui avaient signé le manifeste dit des 93, cette lettre ouverte aux Nations civilisées, qui clamait haut et fort que l’Allemagne n’avait rien à se reprocher en violant le droit de la Belgique.
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Lundi 22 octobre 2007
Haber-copie-1.jpgCicatrice et honneurs au plastron.

Outre le fait qu’il s’est dès le plus jeune âge identifié à la philosophie d’Emerson et de Thomas Carlyle, Fritz Haber fut véritablement considéré comme un héros de l’Allemagne par ses concitoyens. Chevalier de première classe de la Croix de Fer et chevalier de l’Ordre des épées de Hohenzollern pour services rendus à la Nation reconnaissante, Haber fut le seul juif à avoir atteint le grade de capitaine dans l’armée prussienne, tout comme, en 1933, il fut le seul à bénéficier de mesures d’exception, lors du décret nazi qui promulguait « la revalorisation de la fonction publique ».
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Dimanche 14 octobre 2007

Walther-Rathenau.jpgAmi d’Einstein, de Zweig et de dizaines d’artistes et de grandes personnalités de l’Europe, Rathenau était un capitaine d’industrie, un philosophe et un homme politique très apprécié. Son assassinat par des membres de l’extrême droite en 1922 fut l’un des meurtres les plus retentissants du XXe siècle, et c’est par ce triste destin que l’on connaît encore aujourd’hui le nom de Rathenau. Véritable héros, des milliers d’ouvriers le pleurèrent et une manifestation hors du commun fut organisée à Berlin le jour de ses obsèques. Issu d’une famille juive, fils d’Emil Rathenau, le grand magnat allemand de l’électricité, Walter Rathenau naquit le 29 septembre 1867, à Berlin, un an avant Fritz Haber. À 14 ans, il assista à la fulgurante carrière de son père, quand celui-ci eut la bonne inspiration d’acheter le brevet d’Edison. Brillant élève, il fit ses études à la Faculté des Sciences de Berlin et de Strasbourg. Après avoir, dès l’âge de 26 ans, fait ses armes à la tête d’une société d’aluminium, M. Rathenau père lui offrit en 1899 un poste important au sein de sa société d’électricité, l’A.E.G.

 

Stefan Zweig (1881-1942), qui le rencontra, et qui ne fut pas toujours tendre à son égard, comme le prouvent quelques notes issues de son journal, disait de lui dans Le Monde d’hier : « Toute son existence n’était qu’un seul conflit de contradictions toujours nouvelles. Il avait hérité de son père toute la puissance imaginable, et cependant il ne voulait pas être son héritier, il était commerçant et voulait sentir en artiste, il possédait des millions et jouait avec des idées socialistes, il était très juif d’esprit et coquetait avec le Christ. Il pensait en internationaliste et divinisait le prussianisme, il rêvait une démocratie populaire et il se sentait toujours très honoré d’être invité et interrogé par l’empereur Guillaume, dont il pénétrait avec beaucoup de clairvoyance les faiblesses et les vanités, sans parvenir à se rendre maître de sa propre vanité ».Rathenau2.jpg

 

De nombreuses choses ont été écrites sur la personnalité extraordinairement complexe de Rathenau, la plus documentée restant probablement celle de son ami le Comte Harry Kessler, l’un des plus influents mécènes de l’art moderne ; il lui consacra une biographie, traduite en français chez Grasset en 1933. Avant la guerre, Rathenau se fit l’écho de certains stéréotypes antisémites les plus grossiers. Il s’était imprégné des préjugés raciaux ambiants et avait fait siennes un certain nombre d’idées de Gobineau et de Houston Stewart Chamberlain. Et jusqu’en 1917, Rathenau établissait des liaisons épistolaires avec de nombreux partisans de la cause raciste, dont la plus saisissante est sans nul doute celle qu’il échangea avec son ami raciste Wilhelm Schwaner, auteur d’une Bible germanique, et qui rendit, dès les années 1917, le svastika hindou célèbre dans les milieux de l’extrême droite allemande. Svastika qui sera comme on le sait, choisi par Hitler pour symboliser le nazisme. Comme l’écrit le très Vieille-France Ambroise Got dans son livre L’Allemagne à nu publié en 1923 aux éditions La Pensée Française : « L’assassinat de Rathenau était prévu de longue date ; il était fixé au calendrier de la maffia réactionnaire. Non seulement certaines feuilles et des tracts infâmes poussaient à le tuer, mais encore un « hymne du renouveau » que chantaient les soldats de la Reichwehr et qui était devenu le chant de guerre de tous les membres des corps francs clandestins et des « Hakenkreuzler » ou nouveaux chevaliers teutoniques antisémites et antisocialistes qui, en guise d’emblème, portent la croix gammée ou svastika des anciens hindous ».

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Mardi 9 octobre 2007

Weizmann.jpgDifficile de ne pas admettre que Haïm Weizmann n’est pas l’un des plus grands héros du peuple juif. Je me souviens encore de ce que me disait une regrettée amie lorsque je lui parlais de ma décision d’introduire de façon plus importante dans ma bande dessinée la figure de Weizmann : « tu n’en parleras jamais assez bien », m’avait-elle confié. Je ne l’ai pas écoutée, comme on s’en doutera en lisant mes bandes dessinées, mais sa remarque m’est encore et toujours précieuse, car je sais qu’elle était loin d’être la seule à penser comme cela, et ce que représente, pour beaucoup de personnes, le bilan politique du plus important sioniste.
Avec Théodore Herzl, Haïm Weizmann fut le plus important des leaders sionistes. Si Herzl fonda le mouvement sioniste en lui insufflant l’espoir et l’élan nationaliste, Weizmann concrétisa le rêve de Herzl, et devint, à la fin de sa vie, le premier président du nouvel Etat d’Israël. Ben Gourion (1886-1973) disait à propos de ces deux grands hommes qu’ « il était difficile de trouver dans l’histoire d’une autre nation deux personnalités ayant exercé une influence aussi décisive sur la vie de leurs frères, bien qu’ayant été très différent non seulement par leurs capacités mais dans leurs rapports avec leurs peuple. Herzl venait du « dehors ». C’était un Juif assimilé, ignorant la culture de son peuple, et n’ayant aucun lien avec les masses juives. […] Les sentiments de Herzl avec ses frères étaient tout de compassion et d’amour, comme ceux d’un parent éloigné envers les siens. Les défauts du « caractère juif » lui étaient étrangers mais, même lorsqu’ils le heurtaient, il n’osait les critiquer car il ne se sentait pas complètement semblable à ses compatriotes et voulait éviter de les blesser. Weizmann était exactement son contraire. C’était d’abord un « Juif juif ». Né dans une petite ville de la « zone de résidence » juive en Russie, il fut élevé dans l’esprit des valeurs juives, parmi les masses juives. Il était imprégné des qualités d’intelligence et d’humour de son peuple et, bien qu’il ait étudié la culture occidentale et qu’il parlât les principales langues européennes : l’allemand, le français et l’anglais aussi facilement que le russe et l’hébreu, le yiddish resta toujours son moyen d’expression préféré, celui qui donnait toute la dimension de son esprit, de son humour, de son sens de la répartie. Herzl a trouvé le chemin d’Eretz-Israël à travers l’idée d’un état juif – une idée territoriale. Weizmann, au contraire, a découvert la voie d’Israël grâce à un lien messianique avec le pays d’Israël. Il fut nourri de l’amour du pays avec le lait de sa mère. Puis à l’école religieuse, par la langue hébraïque, par la prière juive – il s’identifia à ce pays, avec tout ce qu’une telle notion implique. C’est pourquoi il s’opposa si farouchement à la proposition d’établissement en Ouganda malgré son réalisme et son sens pratique. Dans son esprit « Eretz-Israël » était bien plus qu’un Etat et un sol. Pour cette raison, Weizmann fut le plus grand représentant du peuple juif vis à vis du monde extérieur ; ambassadeur auprès des Gentils, il était l’envoyé le plus doué et le plus fascinant que le peuple juif ait produit. Pour le monde, aucun autre Juif n’a été plus que lui l’incarnation même de notre peuple, de ses capacités, de sa volonté et de ses aspirations. Il fut peut-être le seul véritable ambassadeur du peuple juif à travers les générations. Weizmann impressionnait les Gentils par sa grandeur juive, sa profondeur juive, son pouvoir d’exprimer les émotions les plus intimes du peuple d’Israël ». Parallèlement à son activité sioniste, Weizmann fut également un scientifique réputé, au même titre que Fritz Haber. On verra dans le tome II à quel point Weizmann et Haber connurent des destins similaires, notamment quand tous deux, parallèlement, se brûleront à la question militaro-scientifique…

 
par David Vandermeulen publié dans : Biographies
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Jeudi 4 octobre 2007
Harden.jpgMaximilian Harden (1861-1927) est un personnage incontournable de l’Allemagne wilhelminienne, pamphlétaire et patron de presse connu par-delà les frontières allemandes, Harden était un grand esprit critique, à l’instar d’un Kraus en Autriche, ou d’un Shaw en Angleterre. Celui qui en a brossé le plus juste et le plus sensible portrait reste sans aucun doute Theodor Lessing, l’auteur de Der jüdische selbsthass. Lessing rencontra le polémiste à plusieurs moments clef de la vie de Harden qui, effectivement, fut un cas tristement représentatif de la « haine de soi juive », puisque toute sa vie, à l’instar de Haber, de Rathenau et de beaucoup d’autres juifs allemands de sa génération, la question juive resta pour lui une problématique douloureuse, jamais véritablement réglée. Né Félix Ernst Witkowski, Harden abandonna, tout comme ces trois autres frères, son véritable nom, par réelle honte du père (ses frères préféreront quant à eux le nom de Witting ; Harden choisit le prénom Maximilian, probablement en souvenir de Maximilien Robespierre). Harden débuta dans le théâtre, en jouant Shakespeare, Schiller et Goethe, puis dans le milieu des années 1880, grâce aux relations de l’un de ses grands frères, il intégra la rédaction du Berliner Tageblatt et plus tard celle de l’hebdomadaire Die Nation. Il travailla dans ces journaux en qualité de critique et de feuilletoniste, puis opta assez rapidement pour un ton beaucoup plus pamphlétaire, acide et méchant. En 1888 il publia sous le pseudonyme Apostata son premier recueil et devint plus connu et consacré que Heinrich von Treitschke (1834-1896), l’une de ses grandes idoles (Heinrich von Treitschke, historien prussien pangermaniste et penseur völkisch, ennemi de tout progrès, auteur d’une monumentale Histoire de l’Allemagne au XIXe siècle en cinq volume). En 1890, il commença à couvrir la politique de façon régulière et, un an plus tard, il lança son propre journal, la célèbre revue Zukunft. Harden était le héros de nombreux jeunes juifs allemands du début du siècle. Grâce à ses qualités évidentes de pamphlétaire et à sa plume acide, il incarnait pour de nombreuses personnes le courage journalistique. Quand il eut vent des pratiques homosexuelles du Prince Eulenburg, il parvint à le faire démissionner de ses fonctions d’ambassadeur à Vienne, et quelques trois années plus tard, vers 1906, il lança contre Eulenburg, par le biais de deux articles publiés dans la Zukunft, une seconde attaque, publique. L’attaque était d’importance et n’était par exempte de risques. Le 6 novembre 1907, un procès lié à une affaire d’homosexualité s’ouvrait. Il opposait le Chancelier von Bülow à un autre journaliste célèbre, l’éditeur de la revue ouvertement homosexuelle « Der Eigene », Adolf Brand. Adolf Brand, malheureux dans son procès, fut dès la première journée de procès condamné à 18 mois de prison fermes pour diffamation. Dans ses derniers jours, Rathenau, qui certes vécu assez mal son homosexualité, reçu Adolf Brand chez lui.
par David Vandermeulen publié dans : Biographies
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