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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 23:37

Je traduis ici, en français, en bonne entente avec les auteurs, l’article de Magda Dunikowska et Ludwik Turko sur Fritz Haber, initialement écrit en polonais, et très récemment publié en allemand et en anglais dans la Angewandte Chemie, l’une des plus anciennes revues scientifiques allemandes (crée en 1887).   

 

Il était un fois, une ville charmante…


040-copie-1.jpgSur un mur du Salon Sląski, un de ces endroits charmants du vieux quartier universitaire de Wrocław, on peut contempler les portraits des titulaires silésiens du Prix Nobel. La disposition, tout en conservant le style fin de siècle de l’époque, porte déjà le jugement : deux scientifiques ont été condamnés à regarder le délicat intérieur, accrochés la tête en bas. Le premier, honoré pour ses travaux sur les rayons cathodiques, est Philippe Lenard, futur inventeur de la conception de « physique arienne », qu’il opposera à la « physique juive », selon lui inférieure et mensongère. Le second est Fritz Haber, honoré pour sa synthèse de l’ammoniaque, et pionnier de l’utilisation des gaz de combat sur les fronts de la Première Guerre Mondiale. Dans cette galerie de personnages célèbres originaires de Wrocław/Breslau, il n’y a guère de héros plus contradictoires, plus complexes et plus tragiques que Fritz Haber. Le Comité Nobel lui décerna son prix en 1919, pour l’élaboration de la synthèse de l’ammoniaque à partir de ses composants directs : l’hydrogène et l’azote. Ce procédé permit la production industrielle des engrais, apportant ainsi aux cultures de blé son azote indispensable.


045.jpgCela signifiait, pour des centaines de millions de personnes du monde entier, lors des années de mauvaises récoltes, la fin du spectre menaçant de la famine. Dès cette découverte, on associa le nom de Fritz Haber à l’expression « faire du pain avec de l’air ». Il est difficile de trouver meilleure illustration de la dernière volonté d’Alfred Nobel, lequel invita ses exécutants testamentaires à attribuer son prix à ceux qui apportent des avancées majeures au bien pour l’humanité. Et pourtant… Fritz Haber reste le plus souvent absent des encyclopédies qui permettent au grand public de prendre connaissance des auteurs des inventions les plus significatives pour la civilisation. Il en est de même des manuels scolaires, et cela, jusqu’à la terminale.  

Dix ans après avoir mis au point la méthode de production « du pain avec de l’air », Fritz Haber travailla avec succès à l’utilisation de gaz mortels, procédés estimés plus efficaces dans un cadre de conflit armé. En scientifique consciencieux, il se rendit au front en 1915, pour superviser personnellement l’application de la première attaque chimique, sur les lignes anglo-franç049.jpgaises, près d’Ypres.

Pour Norman Davies et Roger Moorhouse, les auteurs de Microcosme – Portrait d’une ville de l’Europe Centrale, le cas Haber a le mérite d’avoir reçu les points sur les « i » :

« Fritz Haber (1868-1934) a emporté le titre de « Docteur La Mort » allemand. Après des études berlinoises, Haber retourna  à Breslau afin de reprendre l’entreprise de son père. Toutefois, la vie de marchand le lassa, et il préféra entamer  une carrière académique. Essentiellement autodidacte, il devint dans un premier temps professeur dans un lycée technique de Karlsruhe, puis, en 1898, professeur de chimie physique […] Quand la guerre écla ta en 1914, Haber remit son institut à la disposition des autorités militaires et se consacra à ses travaux sur les armes chimiques. Quelques mois plus tard, il dirigeait l’attaque au gaz d’Ypres. […] Sa femme, Clara Immerwahr, chimiste comme lui, s’insurgea des travaux de son mari et se suicida. Mais ce drame n’apporta aucune interruption à ses recherches. Plus tard, il contribua à la confection du gaz « Zyklon B ».[1]

                         

À la lumière du texte ci-dessus, il apparaîtrait comme légitime d’accrocher le « Docteur La Mort », non seulement la tête en bas, in effigie, mais également à l’envers, face au mur. Toutefois, avant d’entreprendre, sous les auspices de l’indignation, une croisade[2] anti-haberienne par trop facile, il serait préférable de porter un regard attentif sur ce personnage qui a cristallisé les plus grands défis et phobies d’une époque. Pour commencer, il serait sage de mettre de côté Microcosm, du moins en tant que source d’informations sur Fritz Haber : présenter un diplômé de l’Université d’Heidelberg et un docteur ès chimie de l’Université de Berlin comme un autodidacte est une affirmation pour le moins étonnante. Avec la même imprécision, l’on pourrait avancer que l’HEC de Paris est un lycée économique, ou que L’institut National Supérieur des Sciences Agronomiques est un lycée agricole…

rynek7-breslau.jpgBreslau

 

La légende sombre associée à ce savant moderne mérite cependant une révision, et ce pour au moins deux raisons. Primo : l’importante complexité de son caractère, qui ne desservit aucunement son talent mais qui contribua, au contraire, à la réussite de ses recherches. Cette seule force de caractère dont était habité Haber nous autorise à le considérer comme un héros de son temps. Secundo : L’étude de sa vie demeure une parfaite porte d’entrée pour comprendre quelles étaient les élites de cette époq301.jpgue à la source de la nôtre, qu’elles soient scientifiques, politiques ou issues de l’industrie. Fritz Haber, à l’instar d’une lentille, a en effet focalisé sur lui tous les dilemmes de l’époque qui nous ont précédés, au temps où l’on associait encore de façon particulièrement vivace la conception romantique de l’histoire.

Envisageons dès lors son personnage comme un passage secret menant à la Wrocław/Breslau d’antan, à l’Europe fin de siècle et ses conflits, ses espoirs, ses réussites… De cette période où s’est produit un nouveau changement de paradigme, l’une de ces grandes césures que connaissent toutes civilisations ; car après l’application des inventions de Haber, le monde ne fut plus jamais comme avant. De la même manière que le fit son ami Albert Einstein, il laissa derrière lui une époque révolue. Notre paysage contemporain, avec ses centaines de millions de magasins débordant d’aliments frais et prêts à être consommés, la multiplication constante de bars et restaurants sur tous les continents et îles lointaines, tout cela est né directement des travaux de Haber.

 

haber-en-1891.jpgFritz Haber, véritable breslauer de naissance, fut élève au sein d’un microcosme européen mélangeant nationalités, cultures et religions. Toute l’histoire de sa ville, y compris son développement actuel, laisse à penser qu’elle a toujours été habitée par ce que l’on appelle le genius loci, l’esprit du lieu. Ce fut un endroit qui s’est parallèlement déployé entre le pôle de l’élégance citadine et celui d’un lugubre désir de puissance, au risque de s’abîmer dans un tourbillon destructif. Ce genius loci s’est peut-être manifesté au chevet d’une femme en couche, le jour de la naissance de Fritz Haber, lorsqu’un petit garçon allait bientôt modifier le destin des futures générations. Descendant d’une famille juive de Galicie, Haber allait devenir un intellectuel à la posture et à la personnalité d’un véritable junker prussien. Sa synthèse de l’ammoniac permit la production massive d’engrais, mais rendit également possible la fabrication industrielle de nitrates, composants tout aussi indispensables à la production en masse des explosifs. Haber se bâtit en patriote acharné, à une époque où le nationalisme passait pour une vertu autant que pour une attitude citoyenne volontaire. Il était convaincu que le choc que peut provoquer l’utilisation d’une arme nouvelle forcerait les alliés à une capitulation rapide et épargnerait de nombreuses victimes. Il se trompa sur ce point : des millions de soldats périrent dans la boue des tranchées de la Grande Guerre, trois ans durant ; les gaz toxiques, utilisés par toutes les parties du conflit ne contribuèrent à aucun dénouement. L’efficacité des armes dites traditionnelles s’avéra considérablement plus supérieure à celle des armes chimiques.

 

Les grands albums illustrés publiés en France dans les années vingt en témoignent : sur les dizaines de centaines de dessins publiés, on en recense à peine quelques-uns concernant la bataille d’Ypres de 1915. Il fallut attendre la Seconde Guerre Mondiale pour mesurer le sinistre degré de rendement des gaz dans les camps d’extermination nazis.

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À partir de la prise de pouvoir d’Hitler, lorsque le nationalisme d’État en Allemagne céda face au nationalisme ethnique, l’Allemand Haber devint le juif Haber. Un an plus tard, il mourrait en Suisse (1934). Au cours de la cérémonie établie en sa mémoire et organisée dans des circonstances semi-clandestines au Kaiser-Wilhelm Institut, fondé et dirigé pendant plusieurs années par Haber, l’autre Prix Nobel Max Planck souligna à quel point l’Allemagne aurait perdu la guerre après seulement quelques mois de combats si elle n’avait bénéficié des travaux de Haber sur la synthèse de l’ammoniaque. Et cela aussi bien d’un point de vue économique (manque de vivres), que d’un point de vue militaire (manque de munitions). Car c’est bien la même réaction chimique qui fait du pain avec de l’air qui rend possible la fabrication industrielle d’explosifs. Le discours de Planck sonna dans une salle pleine à craquer. La majorité de l’audience était féminine et composée des épouses des professeurs. Elles représentaient leur mari, lesquels, pour avoir choisi « le moindre mal » et pour « protéger les valeurs », avaient préféré rester à la maison.  

Magda Dunikowska et Ludwik Turko


[1] Norman Davies, Roger Moorhouse, Microcosm : A Portrait of a Central European City, Pimlico, London, 2002.

[2] vide np. Mariusz Urbanek, Zona Doktora Smierc, Gazeta Wyborcza/Wysokie Obcasy 2009.01.08.

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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 09:31

J’en avais été averti depuis quelques mois, la ville de Wrocław était en lisse pour devenir ville européenne de la culture en 2016. Le projet défendu par la ville était selon moi d’une audace et d’une intelligence rares : car la plus grande partie du dossier reposait sur l’idée très simple et pourtant très peu séduisante d’un point de vue purement touristique et culturel : louer les mérites de Wrocław, en mettant en lumière la vie de grands Nobel du début du XXe siècle qui y ont habités ou qui y ont professés, tout cela en plaçant principalement l’accent sur le Nobel le plus controversé de tous : Fritz Haber. Pour dire la vérité, je n’ai jamais été véritablement persuadé que la ville puisse emporter quoique ce soit avec un tel dossier. Non pas que l’angle ne soit pas intéressant, mais bien parce que – et je suis bien placé pour le savoir – tenter de faire comprendre toute la mesure de la complexité d’un personnage tel que le fut Haber est selon moi un tour de force des plus difficiles qui soit. De plus, délicate provocation supplémentaire : vanter la culture d’une ville polonaise en se focalisant sur son passé prussien, avait le mérite de personnellement me séduire.

On l’aura compris, Wrocław a finalement décroché son futur statut : elle sera bien élue ville européenne de la culture en 2016, et elle fera la part belle à son histoire qui la lie aux destins complexes et tragiques de Fritz et Clara Haber. Ce sont surtout Magda Dunikowska, journaliste, et Ludwik Turko, physicien et homme politique au parlement polonais, que j’ai tous deux rencontré à Wrocław cette année, qui ont bâti et remporté à eux deux ce pari fou. Par la suite, je traduirai et publierai l’excellent article d’une vingtaine de pages que ce téméraire duo a récemment consacré au breslauer Fritz Haber. 

044Ludwik Turko

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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 10:04

Un parallèle amusant me vient, à propos de la genèse des faits historiques : si de nos jours il se dit qu’un événement existe pour le monde seulement s’il est corroboré par des images, ne pourrait-on pas avancer avec cette même logique, que les événements de l’an Mille l’ont été, uniquement parce que la Chrétienté les a reconnus et en a fait part ? En tout cas, c’est ce genre de réduction simpliste qui vient immédiatement à l’esprit lorsque l’on se penche sur la conversion au christianisme de Mieszko Ier, en 966, une conversion qui fut, tous les livres d’histoire s’accordent sur ce point, à la base de l’acte fondateur de la nation polonaise. C’est donc ainsi que les historiens définissent la naissance de la nation polonaise : inexistante tant qu’elle était plongée dans les méandres du paganisme, la Pologne sortit de la préhistoire et émergea à la face du monde dès que Mieszko Ier se fit baptisé à Ratisbonne (évitant par cet acte une conversion que le Saint Empire germanique comptait de toute façon lui imposer), tout  en gagnant une réelle souveraineté, reconnue par le Saint Siège. La logique historique semble imparable : dès cet acte précis, le baptême de Mieszko Ier, la Pologne apparut officiellement sur les cartes de l’Europe chrétienne. La Pologne trouvait enfin son identité, du fait que celle-ci fut confirmée et légitimée par la chrétienté.

Cette apparition de l’identité polonaise semble pourtant tenir de la pure construction. Même christianisée, la Pologne progressa très lentement dans la voie de la civilisation. Les trois siècles suivants, seul le clergé, composé en grande partie d’ecclésiastiques allemands qui ne s’exprimaient que par le latin, entretint des foyers de culture réduits, dont le rayonnement demeura particulièrement limité. Quant aux cours royales, princières et seigneuriales, leurs éclats autant que leurs raffinements étaient quasi inexistants, pas même une trace d’un quelconque art oral semble avoir été en usage. Et ce n’est encore rien dire de l’influence quasi nulle que la Pologne avait à cette époque sur l’échiquier géopolitique. La Pologne fut à l’aube de sa légitimité, isolée, fragile et menacée, les invasions mongoles et le sac de Cracovie en 1241 en sont de funestes exemples. Ce sont par ailleurs les menaces croissantes sur l’indépendance polonaise des prétentions des chevaliers teutoniques installés en Prusse qui ont, semble-t-il, fait naître une première conscience nationale, une conscience nationale qui a très souvent rimée avec antigermanisme. Il faudra attendre le XIVe siècle, sous le règne de Casimir III, le roi bâtisseur ayant à son actif la fortification de près de trente villes et autant d’églises, pour que la Pologne s’impose comme nation politique et obtienne pour la première fois de son histoire le contrôle d’une route de commerce quelque peu importante. C’est donc seulement sous Casimir III, dont on disait qu’il avait trouvé un pays fait de bois et qu’il l’avait laissé fait de pierres, que la Pologne, enfin, s’imposa un tant soit peu. Avec, comme événement majeur de la vie culturelle polonaise, la date de 1364 et la création de l’Université de Cracovie. Ce ne fut qu’à partir de ce moment que, petit à petit, les intellectuels de l’Europe centrale commencèrent à se rendre en Pologne et que la science latine enfin se déploya. Il faudra cependant encore attendre un siècle avant qu’une pensée véritablement polonaise puisse émerger, et un siècle de plus, avant de voir la langue polonaise véritablement se développer. Le cas même de Copernic, héros polonais par excellence, demeura très longtemps un sujet de controverse puisque le grand scientifique, né à Thorn, ville située sur le territoire polonais mais passée sous la direction des princes-électeurs Hohenzollern, ne parlait que l’allemand et le latin. Copernic fit par ailleurs l’essentiel de ses études en Italie, sans jamais décrocher le moindre diplôme à l’université de Cracovie.

Du XIIe siècle, époque du premier texte rédigé en polonais, au XVIe siècle, les récits en polonais se réduisaient à très peu de choses. Quelques psaumes, l’une ou l’autre compilation hagiographique, une traduction de la Bible ou de textes apocryphes, et c’en était tout. Mais la littérature polonaise, toute aussi chiche fut-elle durant plusieurs siècles, n’en demeura pas moins fondatrice de l’identité du pays. Le texte inaugural de l’histoire littéraire polonaise dont je viens de faire mention plus haut, était un Cantique de la Sainte Vierge, et il servit plusieurs siècles durant de principal chant de guerre. Cette réelle naissance identitaire, longue et pénible, quand elle se déploya enfin, eut à subir une croissance, un essor culturel et politique si rapides, que tout cela coûta à une élite encore trop peu nombreuse. Le pays s’épuisa aussitôt et une décadence prompte autant que brutale s’imposa pour faire place à un obscurantisme clérical étouffant toute pensée émancipée. L’universalisme fut proscrit et le nationalisme de quelques piètres patriotes tenta de faire face aux multiples invasions et guerres civiles que la ruine du pays avait attirées. À la merci des grandes puissances voisines, Prusse, Russie, Suède, Autriche, la Pologne se démantela, évita la spoliation générale mais non la déchéance morale et politique qui trouva son comble au XVIIIe siècle, sous les rois saxons. Au XIXe siècle, en face du désastre qu’était devenue la pauvre Pologne, même Napoléon ne trouva pas l’audace de restaurer l’indépendance polonaise ; il se contenta d’établir un Grand-duché de Varsovie qui, dès la chute de l’empereur, fut écrasée par la Russie. Les intellectuels fuirent, les romantiques tels qu’Adam Mickiewicz ou Chopin s’exilèrent en France.

Je vais clore ici cette brève et succincte histoire de la Pologne, en rappelant toutefois que ce n’est que depuis les accords de Yalta de 1945 que la Pologne connut enfin une stabilité territoriale et qu’il faudra encore attendre quelques décennies avant que le pays puisse se démarquer totalement de l’emprise soviétique. Dans mon prochain papier, mon lecteur perdu devrait enfin comprendre pourquoi je digresse tel un Tristram Shandy sur ces histoires polonaises.

Constitution-polonaise-du-3-mai-1791.jpg

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 09:55

En vieux polonais, son nom, Wrócisław, signifiait : « celui qui reviendra glorieux ». Si l’on se penche sur le destin de cette ville, c’est en effet ce que l’on peut appeler un nom de baptême aux étonnantes puissances performatives. Car la naissance de la Pologne est trouble, et Wrocław n’a cessé d’être sous la coupe de différents états et royaumes. Wrocław ne fut, en fin de compte, que très peu polonaise. Ce n’est qu’il y a très peu de temps que cette vieille nation a eu, elle aussi, l’opportunité de se sentir enfin polonaise. La naissance de la Pologne se fonde donc sur une légende qui, comme beaucoup d’autres légendes, singe les grands récits – c’est du moins l’intérêt que je porte à la philologie qui m’a toujours fait voir les choses sous cet angle. La légende originelle de la Pologne me rappelle furieusement un passage de la Genèse, qui raconte l’histoire des trois fils de Noé – Sem, Cham et Japhet – qui s’étaient séparés en trois directions distinctes afin de se partager le monde. Pour résumer l’histoire et ses conséquences grossièrement, on dira que Sem devint le père des Sémites, Hébreux et Arabes ; Cham, celui des peuples noirs ; et Japhet, celui de l’héritage grec, des Européens. On évalue généralement la naissance de la nation Polonaise aux alentours de l’an Mille, date vers laquelle le christianisme s’imposa dans la région. La Chronique de la Grande Pologne, premier texte anonyme connu abordant la naissance de la Pologne, a, chose amusante, été écrite (probablement à Poznań), en 1295, en plein essor du christianisme. Ce texte rappelle l’histoire de trois frères, Rus, Czech et Lech, qui, comme les fils de Noé, ont également cherché des endroits différents afin que chacun d’entre eux se trouve une place dans le monde. Comme dans la Genèse, cette légende suggère que les peuples du monde bénéficient d’une ascendance commune, à cette particularité près que, dans le cas qui nous occupe, les peuples du monde se résument aux seuls peuples slaves : Rus ira vers l’Est et s’installera en Ruthénie, forgeant ainsi les peuples russes et ukrainiens ; Czech ira vers le sud et donnera naissance à la Tchéquie ; tandis que Lech choisira l’ouest, trouvant une clairière où il aperçut le nid d’un aigle blanc. Il baptisa le lieu Gniezno, ce qui veut dire nid, et y établit son peuple, appelé les « habitants des champs », ce que, d’un point de vue étymologique, polonais veut dire.

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 11:59

Ce qui m’a toujours intéressé chez Fritz Haber, c’est son questionnement identitaire, ou, plus précisément, son non-questionnement. Haber s’est toujours senti Prussien et a évacué de façon presque constante la question juive ; du moins officiellement, puisqu’il fut toute sa vie Prussien pour son environnement administratif et militaire, et Juif pour ses amis et ses femmes. Ce ne sera qu’à la fin de sa vie que ce réel questionnement identitaire commencera à le tarauder. Comme le prouve, par exemple, cette fameuse phrase qu’il écrivit à son ami Albert Einstein en 1933, quelques semaines avant de mourir : «  Je ne me suis jamais senti autant juif qu’aujourd’hui ! ». L’actuelle ville de Wrocław en Pologne, est la ville natale de Fritz et Clara Haber. Comme celle de Fritz Haber, l’histoire de Wrocław est particulièrement complexe d’un point de vue identitaire. J’aborderai bientôt, en plusieurs papiers, une réflexion sur les rapports identitaires que m’inspirent Haber et la ville de Wrocław.

176.jpgCimetière juif de Wrocław - Caveau familial.  

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 09:57

BIP Place Royale low

 

Après Angoulême et Paris, l’exposition collective Génération Spontanée ? sera présentée à Bruxelles,  dès le 10 septembre, dans le très chic Hôtel de Lalaing de la Place Royale (affreusement rebaptisé BIP, pour faire plus franco-flamand). Le vernissage aura lieu le samedi 10 septembre dans le cadre du week-end de la BD organisé par la Région Bruxelloise.L’exposition sera visible durant un mois. 

 

Parallèlement, le même week-end, sera présentée dans l’ancien cinéma Romandie de Lausanne, une importante expo « Fritz Haber/Vandermeulen », cela dans le cadre du festival BD-FIL.

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 10:38

Je l’ai déjà dit, chaque personnage mis en scène dans la série Fritz Haber a existé et pratiquement rien de ce que je fais dire à ces personnages n’a été inventé. De même, j’essaie autant que je le peux de les représenter comme ils étaient. Illeopold_koppel.jpg m’a fallu bien évidemment pour cela retrouver des photographies. Certains personnages ont posé problème, comme par exemple celui de Clara Haber, dont on ne connait qu’une seule photo de jeunesse ; pas même la famille Haber ne possède aujourd’hui d’autre cliché. Pour d’autres cas, il m’a été impossible de retrouver la moindre photo. C’est le cas par exemple du banquier juif Leopold Koppel, celui qui finança le Kaiser Wilhelm Institut et qui intercéda auprès de l’Empereur pour imposer Haber comme directeur. J’ai donc dû inventer le physique de Koppel, sur la seule base des quelques textes et documents écrits que j’avais en ma possession. Récemment, le Kaiser Wilhelm Institut, qui cette année, en novembre, commémorera son centenaire, s’est retrouvé en face de ce même problème. Pour illustrer un ouvrage qui relate l’histoire du Kaiser Wilhelm Institut (baptisé de nos jours, le Fritz Haber Institute), il manquait également à l’auteur une photographie d’Alfred Koppel. Finalement, ce sera l’un de mes dessins de Koppel qui sera choisi pour illustrer le banquier dans l’ouvrage. C’est plus récemment encore que j’ai découvert une autre représentation de Koppel, une gravure d’époque. Chose amusante, mon dessin, totalement imaginé, ne s’éloigne pas trop de l’autre…

Koppel-VDM.jpg

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 10:42

Jusqu’à présent, je n’étais pas totalement convaincu par cette idée qui suggère qu’il est important pour un biographe de se rendre sur les lieux de son sujet. Probablement que cette question ne m’a jamais obsédé parce que je ne me suis jamais véritablement considéré comme un biographe officiel. Par contre, un projet qui depuis le début de mon travail m’a toujours accompagné, c’est celui de me rendre sur les lieux marquants de la vie de Fritz Haber, non pas dans l’espoir d’y trouver de nouveaux éléments biographiques, mais plutôt et surtout dans le but de saisir quelle pourrait être la réception actuelle de la figure historique de Haber. C’est ainsi que je me suis toujours dit que j’irai un jour à Breslau, la ville natale de Fritz et Clara Haber ; à Berlin, ville où Haber est devenu un scientifique d’ampleur internationale ; et enfin à Rehovot, en Israël, lieu qui accueille le fonds de la bibliothèque Haber, sur le vœu de Haïm Weizmann. Ce périple, je viens de le réaliser récemment, grâce à la réalisatrice Nathalie Marcault qui m’a accompagné avec son équipe sur cette enquête. Je dis accompagné, mais je dois surtout préciser qu’elle a tout organisé, de la logistique à la prise de contacts avec les différents intervenants que j’ai pu rencontrer dans ces différentes villes. Le résultat de ces journées de tournage se concrétisera dans un documentaire de création de 52 minutes, titré « David & Fritz ». Ce film, pour lequel j’ai accepté toutes les règles du jeu, s’immiscera pendant près d’une heure sur les liens particulièrement intimes qui m’unissent avec Fritz Haber, liens dont je n’ai jamais fait très grand cas jusqu’à présent. Actuellement en phase de montage, le film sera présenté en avant-première à Rennes, en novembre 2011.

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Equipe de tournage devant le désert de Judée.

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 16:31

En attendant septembre 2011 et l’importante exposition Fritz Haber à Lausanne que mènent de front Eric Gasser (directeur technique) et Jean-Marie Derscheid (commissaire d’exposition), on pourra apprécier d’ici là, une petite cinquantaine d’originaux à Paris, de juillet à fin août, au centre Wallonie-Bruxelles, juste en face du Centre Pompidou. Il s’agit d’une exposition collective baptisée « Génération spontanée », déjà présentée en janvier 2011 au festival d’Angoulême. Cette expo, très bien conçue par Thierry Bellefroid et l’incontournable Jean-Marie Derscheid (qui s’attaque également au commissariat de la grande rétrospective d’Art Spiegelman au prochain festival d’Angoulême), s’est donnée comme pari de présenter la « nouvelle scène de la bande dessinée belge francophone ». Cette expo met en lumière les travaux d’auteurs tels que Vincent Fortemps, Dominique Goblet, Eric Lambé, William Henne, Aurélie William Levaux ou encore cette coquinette de Judith Forest. Autant d’auteurs, de projets, que l’on a souvent décrit comme étant à la marge de la bande dessinée. Une appréciation pas forcément idiote, même si, pour mon propre cas, je ne me suis jamais senti à la marge de quoique ce soit.

Génération Spontanée ? du 16/06 au 28/08/2011 au Centre Wallonie-Bruxelles Expositions, 127-129 rue Saint-Martin - 75004 Paris. Tél. : 01 53 01 96 96

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 10:47

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