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11 décembre 2007 2 11 /12 /décembre /2007 08:30
citation.jpgLe dernier grand choix pour lequel j’ai opté est l’insertion systématique, en prélude de chaque nouvelle scène, d’une citation à caractère littéraire placée en haut de page. Ces exergues, nombreuses dans le récit (une vingtaine par tome), m’aident à clarifier la narration : en marquant nettement de leur présence chaque début de scène, elles rythment le récit, proposent au lecteur des moments de réflexion. En réalité, ces citations peuvent se lire comme des indications complémentaires sur le caractère des personnages ou de l’époque. Je fais très attention à ce que chaque exergue a bien été publiée en Allemagne avant la date de la scène traitée. C’est un peu comme si ces petits extraits étaient des réminiscences lues par les protagonistes et que les idées propres à cette littérature ricocheraient dans les esprits de ceux qui font l’action. Ainsi, Goethe, Carlyle ou Schiller, auteurs qui ont tout particulièrement marqué Haber sont très souvent cités. L’autre avantage de la citation est qu’elle me permet de dire en peu de place, beaucoup d’idées. Toute la profondeur de sens que contient un vers de Goethe, traduit en mode bande dessinée, me demanderait probablement trente pages. Enfin, la confrontation littérature/bande dessinée est un rapport que je trouve très intéressant et qui n’est pas, à mon humble avis, encore assez exploité.
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9 décembre 2007 7 09 /12 /décembre /2007 09:58
carton-nosferatu.jpg
Aux sous-titres contemporains s’est très vite imposée la confrontation narrative de panneaux de cinéma muet. Juxtaposer un procédé de retranscription cinématographique ancien et actuel me paraissait une belle idée, c’était une façon de proposer quelque chose de suranné mais pas seulement, car les sous-titres proposent une accroche avec le monde d’aujourd’hui. Cette idée m’est venue lorsque j’ai découvert un vieux roman-photo construit avec les images du film Jeanne d’Arc de Fleming.
C’est véritablement en voyant ce livre étrange que j’ai compris ce je devais faire. Ce sont en réalité ces cartons narratifs qui donnent à l’ouvrage son côté si cinématographique. Je me suis fortement inspiré pour l’occasion des cartons de l’édition anglaise du Nosferatu de Murnau datant de 1923. Il m’arrive souvent d’envisager mon travail comme un roman-photo. Un roman-photo qui, comme celui sur la Jeanne d’Arc de Fleming, aurait été tiré d’un film mythique de la UFA.Fleming.jpg

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6 décembre 2007 4 06 /12 /décembre /2007 09:34
Je n’utilise pas de phylactère pour différentes raisons. La première est esthétique : c’est avant tout parce que la bande dessinée usant de la couleur directe de façon très picturale n’a que trop rarement réussi à trouver une façon heureuse d’insérer les textes. L’idée de sous-titres luminescents, comme ceux que l’on peut voir au cinéma m’a paru un choix évident. Ce choix comporte une contrainte forte, celle de ne fonctionner que sur deux lignes, auquel cas l’effet cinéma disparaît automatiquement. Cela veut donc dire que je dois réduire mes dialogues à un nombre de signes bien précis, c’est un exercice proche d’un jeu oulipien dans certains cas, ce qui m’oblige à soigner particulièrement mes textes.soustitre.jpg
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4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 16:32

haber02.jpgMes aquarelles sont servies par une technique assez particulière puisque j’utilise aussi de l’eau de Javel pour donner des effets de forts contrastes. Avec la Javel, la couleur est véritablement dissoute et cela apporte des éclairages tout à fait singuliers selon que la Javel a été diluée ou non à l’eau. Comme je le disais plus haut, la couleur brune évoque la complexité des idées, et les contrastes rendus par l’eau de Javel soulignent les puissants dualismes qui dominent l’ouvrage. La particularité technique de l’eau de Javel, c’est que l’on peut travailler « à l’envers ». C’est à dire qu’au lieu de garder des zones non peintes pour rendre les lumières (ce que l’on appelle le blanc de réserve, comme lorsque l’on joue avec le blanc du papier pour créer une lumière), on peut, avec la Javel, enduire sa feuille entièrement de couleur et venir l’extraire par après. Cette façon de faire demande une maîtrise particulière mais n’est pas plus difficile que la technique traditionnelle de l’aquarelle. 

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30 novembre 2007 5 30 /11 /novembre /2007 07:52

057.jpgLa page 59 est l’une de mes planches préférées dans Fritz Haber 2. Elle représente l’acteur Paul Richter en Siegfried. Cette image est un écho à un très vieux dessin que mon père avait fait pour moi lorsque je n’étais encore qu’un tout petit enfant. Je ne sais pas ce qu’il en est pour les autres dessinateurs, mais je me rappelle quant à moi du jour exact où je me suis décidé à dessiner. Je devais avoir cinq ou six ans et cela coïncide au moment où mon père m’emmena au cirque, un très grand cirque, installé aux alentours de la place du Luxembourg, à Bruxelles. Ce devait être le cirque de Moscou, ou celui de Bouglione, le souvenir n’a pas retenu ce type de détail. En réalité, si je me souviens encore de ce jour et de mon arrivée en bus, de ma place dans les gradins, de la cage aux tigres, c’est que ce jour m’a véritablement impressionné. J’attendais comme tout enfant de mon âge l’arrivée des clowns et des tigres. Quand les clowns sont enfin montés sur la piste, mon excitation était à son comble. Mais ce fut un choc : il y en avait bien un blanc à chapeau pointu et un autre rigolo, mais il y en avait encore un troisième affreux et hideux, encagoulé, qui brandissait un énorme poignard : c’était un méchant parmi les clowns. Cela me traumatisa tant que j’ai hurlé de tout mon saoul jusqu’à perdre connaissance.

 

De retour à la maison, mon père pris une feuille de papier et dessina pour moi le fameux clown. Son dessin terminé, il m’appela pour me le présenter et, chose amusante, je pris peur à nouveau. Le dessin me saisit et je me remis à hurler. Mais moins longtemps. Petit à petit, je me rapprochai de la feuille, jusqu’à la prendre en main.

 

Voilà mon expérience avec le dessin : je l’ai découvert par l’expérience, en réalisant qu’il pouvait être un vecteur d’émotions. C’est ainsi que vers six ans, après avoir compris tout cela et en avoir ri, je me suis mis à dessiner un peu plus que les autres enfants. 

Cette expérience ne m’a cependant pas pourvu d’une passion immodérée pour le dessin. J’ai très vite compris, immédiatement peut-être, qu’il n’y avait aucun acte magique dans le dessin. Tout cela tenait du truc et de la technique, on pouvait faire peur, on pouvait faire rire, on pouvait jouer sur l’imagination d’autrui, mais toutes ces émotions étaient menées et maîtrisées par le travail de celui qui dessinait. Il allait donc falloir en user modérément.
Dessin.jpg
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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 12:06
2007-03-241.jpgLe choix de réaliser toutes mes planches en sépia s’est très vite imposé également. Outre le fait que la technique en camaïeu est plus rapide qu’une quadrichromie traditionnelle (une couleur à gérer, c’est bien plus facile que de jouer avec toute une palette), j’ai opté pour des teintes sépia parce qu’elles évoquent la couleur des premiers clichés photographiques du XIXe siècle. Nous sommes en réalité ici dans un pur fantasme esthétique : à ma connaissance, jamais aucun cliché de l’époque n’a présenté un type de teinte aussi affirmé. L’autre raison avancée pour le choix du sépia est celle de l’évocation symbolique. Pour ma part, le sépia, ou le brun en général, incarne l’idée de trouble et de complexité ; il faut toutes les couleurs du spectre pour faire un brun. Aussi, cette couleur s’adapte parfaitement à mon sujet central, la « complexité des choses ». Je voulais, en me lançant dans Fritz Haber, réaliser une bande dessinée qui puisse arriver à parler de choses complexes, difficiles et contradictoires, et tenter d’évacuer toute manifestation de manichéisme, travers en général assez persistant dans la biographie de bande dessinée.
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18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 10:02
2007-03-143.jpgL'une de mes façons de procéder : 1ère étape, dessin à la plume sur papier
2007-03-136.jpg2ème étape, mouillage du papier, dissipation du trait

Les bandes dessinées réalisées en couleurs directes, si elles offrent une lisibilité moins efficace que les récits réalisés en « ligne claire », sont néanmoins de plus en plus nombreuses, et commencent, pour parler comme le spécialiste, bon gré mal gré, à timidement se créer une niche dans le marché. Mon option de proposer un récit résolument lent, qui opte pour des cassures de rythme assumées, une pesanteur générale et même des invitations à la méditation, s’inscrit en creux d’une production générale qui pense avant tout à son lecteur, qui ne jure que par l’éternelle recherche de l’effet, la rapidité de la lecture ou l’efficacité pour elle-même. Une technique aquarellée, qui n’offre pas directement aux images son sens premier, était donc un parti assez naturel.
112.jpg3ème et dernière étape, travail de l'original à l'ordinateur
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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 09:06

Huit-cent pages de bande dessinée cela demande de la rigueur, bien sûr, mais aussi et surtout beaucoup d’efficacité dans l’exécution. C’est pour cette raison que l’apport de l’ordinateur dans la réalisation des images et des bandes s’est directement imposée. J'y reviendrai certainement.

 040.jpg

Voici la planche 40 du second tome de Fritz Haber. J’ai choisi cette planche parce qu’elle regroupe sur une seule page les principaux choix et parti-pris esthétiques qui font le caractère de mon récit.
Plusieurs spécificités s’y remarquent d’emblée : le style pictural, sans trait de contour ; la mise en couleur, faites en camaïeux sépia ; une facture picturale particulièrement contrastée ; le remplacement des phylactères traditionnels par une sorte de sous-titres ; l’introduction de cartons récitatifs rappelant le cinéma muet ; l’insertion d’extraits ou de citations littéraires.



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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 07:50
On comprendra dès lors ce que représente pour la bande dessinée, art de synthèse par excellence, la somme de toutes les difficultés à prendre en compte pour que puisse se résumer de façon efficace et sérieuse la vie d’un personnage illustre. La vie du Prix Nobel de Chimie Fritz Haber que j’ai choisi de raconter, outre l’évidente approche historique des sciences à laquelle elle conduit, aborde également de nombreux thèmes importants et difficiles, tels que l’éthique scientifique, la judéité, le sionisme, la nationalisme allemand, le trouble moderne de l’identité, l’avènement du capitalisme moderne, etc., etc. Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, il m’a paru nécessaire, si je désirais donner assez de corps à mon personnage principal, de m’étendre sur plus de 800 pages, format que seule la bande dessinée asiatique proposait jusque là, et de façon générale en noir et blanc.  

Copie-de-CRW-3634.JPG
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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 10:39
Depuis Suétone et sa Vie des douze Césars, jusqu’au XVIIIe, moment ou apparaît pour la première fois dans les dictionnaires le terme « biographie », on a toujours préféré le mot « vie » pour définir le genre littéraire qui aborde le destin d’une personnalité. Ceci montre à quel point la biographie est un genre qui, plus que tout autre, se doit de jouer avec le temps. La bande dessinée entretient elle aussi un rapport tout spécifique au temps. De par sa structure-même, ainsi que par son mode de fabrication généralement lent (un auteur de bande dessinateur produit en moyenne 10 pages par mois), la bande dessinée ne permet pas toutes les audaces, ce qui explique en partie pourquoi la biographie n’est pas un genre important en bande dessinée. On a connu de grands classiques de la biographie en bande dessinée, tels que les Baden-Powell, Dom Bosco et Christophe Colomb de Jijé, par exemple. Mais ces vies de grands hommes en bande dessinée, à y regarder de près, s’apparentaient plus à des synthèses hagiographiques qu’à de véritables biographies littéraires telles qu’on l’entend aujourd’hui. Ceci à son explication : comment rendre toutes les subtilités d’une vie en moins de soixante pages en images ? Voltaire, déjà, ne disait-il pas, dans Le Blanc & le Noir : « N’est-il pas vrai que vous pouvez lire en une heure l’abrégé de l’histoire des Perses, écrite par Zoroastre ? cependant, cet abrégé contient huit cent mille années. »jij--.jpg
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