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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 10:07

Surnommé le Bismarck des musées, Wilhelm von Bode (1845-1929) fut le grand directeur d’État des collections d’arts allemandes et l’auteur de nombreux ouvrages qui feront autorité sur la peinture (un gigantesque Rembrandt en 8 volumes) et la sculpture européenne.
Entré en 1872 au service des musées royaux de Berlin en tant qu’assistant. Sous la direction générale de Richard Schöne. il fut promu en 1883 au poste de directeur du département des sculptures chrétiennes tout en restant l’assistant du directeur de la galerie de tableaux. Quelques mois après l’offre qu’il fit à Strasbourg, à l’automne 1890, il succéda à Julius Meyer à la direction de la galerie de tableaux de Berlin, et occupa à partir du 1er décembre 1905 la fonction de directeur général des musées royaux. Il avait assisté et contribué, aux côtés de Julius Meyer, à la poli­tique expansive d’acquisitions. Cette activité l’amena à nouer des contacts, dans toute l’Europe avec des marchands d’art qui jouè­rent aussi un rôle pour Strasbourg.

Proche du peintre d’origine juive Max Libermann, président de l’académie prussienne d’art et qui deviendra lui aussi l’un des 93,
Wilhelm von Bode était un conservateur de musée particulièrement qualifié sur le plan scientifique. Parce qu’il jouissait d’une grande confiance de l’empereur Guillaume II, dont il devint un proche, le « savant Docteur Bode » jouissait d’une large marge de manœuvre et pu aisément remplir de trésors les musées impériaux. Non seu­lement il travailla à l’extension des musées de Berlin, mais il stimula encore l’activité d’un grand nombre de collectionneurs privés, tels que Walter Rathenau ou Leopold Koppel, qui se conduisirent plus tard en véritables mécènes.

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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 11:16

AloisBrandl1.jpgIl y a des hommes qui connurent une très belle estime de leur vivant et qui cent ans plus tard peuvent tomber dans un anonymat quasi général, même jusque dans les universités. C'est un peu le cas du philologue Alois Brandl, grand spécialiste allemand de la littérature et de la culture anglaise et de Shakespeare en particulier. Brandl fut l'un des membres les plus éminents de la Deutsche Shakespeare-Gesellschaft, l'une des plus anciennes sociétés littéraires européennes : il traduisit les sonnets de Shakespeare et les expliqua aux lecteurs allemands. Avec Brandl, on disait que Shakespeare était compris d'une toute autre façon qu'en Angleterre et que le génie anglo-saxon parlait à l'Allemagne d'une façon privilégiée. Une façon de voir les choses qui n'est certainement pas étrangère à celle de l'écossais Thomas Carlyle, le plus allemand des Anglais, Ecossais, qui dans son œuvre majeure Les Héros voyait déjà en Shakespeare « un noble patriotisme » dont « on entend résonner [les] battements comme le bruit de l'acier qui s'entrechoque. Assurément cet homme aurait été un grand guerrier, si les circonstances en aveint décidés ainsi ! ».  Après sa signature au manifeste des 93, Brandl réalisa, de 1914 à 1918, des enregistrements sonores de prisonniers de guerre britanniques.

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1 mars 2008 6 01 /03 /mars /2008 17:10
Behring.jpgNé en Prusse en 1854, Emil Adolph von Behring est une très grande figure de la science allemande, premier prix Nobel de médecine de l’histoire (en 1901). Issu d’une famille pauvre de 13 enfants, il dut poursuivre ses études au sein de l’armée. Médecin militaire à 24 ans, il exerça en tant qu’interne à l'hôpital de la Charité, il incorpora ensuite plusieurs postes, toujours au sein de l’armée. En contact avec beaucoup de patients qui présentaient des blessures infectées, il se spécialisa dans l'antisepsie et la neutralisation des effets microbiens. Envoyé à Bonn pour qu’il puisse perfectionner ses méthodes expérimentales par le conseil d'administration de la santé militaire, Behring fut muté à l'Institut d'Hygiène de Berlin du dr. Koch (celui du bacille). En 1890, Behring découvrit le premier anti-corps alors que Paul Ehrlich, autre signataire des 93, intégrait l’équipe de Koch. Alors qu’ils ne s’appréciaient guère et qu’ils se disputèrent des découvertes, les noms de Behring et d’Ehrlich allaient bientôt devenir indissociables. Pur produit de l’armée allemande, Behring signa le manifeste des 93 trois ans avant de mourir. 
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6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 08:51

PBehrens.jpgPeter Behrens n’est pas n’importe qui. Né la même année que Fritz Haber, en 1868, Behrens fut l’un des plus importants architectes et designers de son temps. S’il n’est plus connu de nos jours que de quelques architectes éclairés, Peter Behrens n’en reste pas moins un maître : le fondateur du Bauhaus Walter Gropius, Ludwig Mies van der Rohe ou encore Le Corbusier accomplirent leur apprentissage dans ses bureaux. Initiateur de ce que l’on appellera le « corporate design », c’est à dire l’« art » qui consiste à créer une identité visuelle pour une marque ou une entreprise, Behrens incarna à lui seul « la visualisation de la philosophie d’entreprise ». C’est lui qui composa l’image de marque de l’AEG d’Emil Rathenau, en créant force logos et modèles d’objets. Il ira même jusqu’à construire le complexe industriel du groupe.

 

Véritable conseiller artistique d’AEG, il fut le créateur des papiers à lettres, des emballages des produits, des catalogues de vente, des affiches publicitaires, des usines ainsi que des immeubles d’habitation destinés aux employés de AEG. Les activités de Peter Behrens pour l’AEG firent de lui le mentor du design industriel moderne de l’Allemagne (le design industriel est véritablement une création allemande et non américaine comme on pourrait le penser). Behrens déclarait : « On devrait tendre, pour tous les objets fabriqués avec des machines, non seulement à un rapprochement de l’art et de l’industrie mais à un mélange étroit des deux. »

On s’amusera de constater que Rathenau appréciait tout autant les idées de Behrens, qui consistaient à rapprocher l’art de l’industrie, que les idées de Fritz Haber qui elles se concentraient sur la volonté de rapprocher la science de l’industrie. La philosophie de Behrens est de nos jours complètement acquise puisqu’une exposition au musée d’archi­tecture de Francfort consacrée à l’architecture du 20e siècle a utilisé pour sous-titre du chapitre sur l’architecture industrielle le slogan très évocateur : Augmenter la production.
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20 janvier 2008 7 20 /01 /janvier /2008 10:37
 

Baeyer.jpgJohann Friedrich Wilhelm Adolf von Baeyer (1835-1917), plus connu en France sous le nom simplifié d’Adolf von Baeyer, était un chimiste juif allemand berlinois qui fit ses classes avec August Kekulé en Belgique mais également, comme Fritz Haber, avec l’incontournable Robert Bunsen à l’université d’Heidelberg. Modeste professeur de 1860 à 1872, Baeyer occupa une simple fonction d'enseignant à Berlin puis, à 37 ans, décrocha un poste plus important de professeur à l’université de Strasbourg, devenue fraîchement allemande. Il passa ensuite par l'université de Munich en 1875, pour ensuite occuper la chaire libérée par Liebig, ceci jusqu'en 1915, année où il fut détrôné par un de ses jeunes assistants, sacré nouveau prix Nobel et meilleur ami de Haber, Richard Willstätter. Von Baeyer s’intéressa dans les années 1880 à la structure moléculaire de l'indigo et fut le premier à en réaliser la synthèse, ce qui lui vaudra de recevoir le prix Nobel de chimie 1905, à l’âge de 70 ans, deux ans après l’un de ses plus brillants élèves, Emil Fisher ; il fut le premier juif à être honoré du prix.
Discret et modeste, von Baeyer fuyait les mondanités, se montrait peu en public, et ne s’intéressait pratiquement pas au profit, alors même que ses découvertes apportaient une contribution plus que substantielle – notamment par sa synthèse de l’Indigo mais aussi par son apport à l’analyse médicamenteuse de l’aspirine et au succès certain de la BASF – au développement de la chimie industrielle allemande de son temps. Ces vertus rares auraient pu faire de lui un signataire du manifeste des 93 tout à fait atypique, loin des idées préconçues que se faisaient les Français au sujet de l’intellectuel allemand, mais ce serait oublier que le Pr. von Baeyer fut l’un des premiers, en 1887, à travailler sur les gaz lacrymogènes et à en prôner l’usage en temps de guerre. Il mourut à Stamberg le 20 août 1917.


P.S. : Page AGENDA actualisée.

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16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 17:38

Dimier-AppelIntellectuelsAllemands.jpgJe commence ici une petite rétrospective (pas si petite que ça, on s’en doutera) des 93 personnalités qui ont signé le fameux Manifeste des 93, manifeste que l’on a également appelé Appel des intellectuels allemands ou, d’un point de vue allemand, l’Appel au monde civilisé.Parce que ce texte est à la base de l’un des plus fameux et tenaces clashs intellectuels entre l’Allemagne et la France, parce qu’il a consolidé pour beaucoup les positions de chaque parti durant les premiers temps de la première Guerre Mondiale, il n’est pas inintéressant de se pencher sur les biographies des 93 intellectuels allemands qui apposèrent leur signature à ce texte. Texte dont j’ai proposé un large extrait à la page 127 des Héros mais qu’il me semble bon, pour introduire les 92 portraits qui accompagnèrent Fritz Haber, d’en proposer ici la forme intégrale.

 





En qualité de représentants de la science et de l’art allemand, nous, soussignés, protestons solennellement devant le monde civilisé contre les mensonges et les calomnies dont nos ennemis tentent de salir la juste et noble cause de l’Allemagne dans la terrible lutte qui nous a été imposée et qui ne menace rien de moins que notre existence. La marche des événements s’est chargée de réfuter cette propagande mensongère qui n’annonçait que des défaites allemandes. Mais on n’en travaille qu’avec plus d’ardeur à dénaturer la vérité et à nous rendre odieux. C’est contre ces machinations que nous protestons à haute voix : et cette voix est la voix de la vérité.

 

Il n’est pas vrai que l’Allemagne ait provoqué cette guerre. Ni le peuple, ni le Gouvernement, ni l’empereur allemand ne l’ont voulue. Jusqu’au dernier moment, jusqu’aux limites du possible, l’Allemagne a lutté pour le maintien de la paix. Le monde entier n’a qu’à juger d’après les preuves que lui fournissent les documents authentiques. Maintes fois pendant son règne de vingt-six ans, Guillaume II a sauvegardé la paix, fait que maintes fois nos ennemis mêmes ont reconnu. Ils oublient que cet Empereur qu’ils osent comparer à Attila, a été pendant de longues années l’objet de leurs railleries provoquées par son amour inébranlable de la paix. Ce n’est qu’au moment où il fut menacé d’abord et attaqué ensuite par-trois grandes puissances en embuscade, que notre peuple s’est levé comme un seul homme.

 

Il n’est pas vrai que nous avons violé criminellement la neutralité de la Belgique. Nous avons la preuve irrécusable que la France et l’Angleterre, sûres de la connivence de la Belgique, étaient résolues à violer elles-mêmes cette neutralité. De la part de notre patrie, c’eût été commettre un suicide que de ne pas prendre les devants.

 

Il n’est pas vrai que nos soldats aient porté atteinte à la vie ou aux biens d’un seul citoyen belge sans y avoir été forcés par la dure nécessité d’une défense légitime. Car, en dépit de nos avertissements, la population n’a cessé de tirer traîtreusement sur nos troupes, a mutilé des blessés et égorgé des médecins dans l’exercice de leur profession charitable. On ne saurait commettre d’infamie plus grande que de passer sous silence les atrocités de ces assassins et d’imputer à crime aux Allemands la juste punition qu’ils se sont vus forcés d’infliger à des bandits.

 

Il n’est pas vrai que nos troupes aient brutalement détruit Louvain. Perfidement assaillies dans leurs cantonnements par une population en fureur, elles ont dû, bien à contre-cœur, user de représailles et cannonner une partie de la ville. La plus grande partie de Louvain est restée intacte. Le célèbre Hôtel de Gille est entièrement conservé : au péril de leur- vie, nos soldats l’ont protégé contre les flammes. Si dans cette guerre terrible, des oeuvres d’art ont été détruites ou l’étaient un jour, voilà ce que tout Allemand déplorera sincèrement. Tout en contestant d’être inférieur à aucune autre nation dans notre amour de l’art, nous refusons énergiquement d’acheter la conservation d’une oeuvre d’art au prix d’une défaite de nos armes.

 

Il n’est pas vrai que nous fassions la guerre au mépris du droit des gens. Nos soldats ne commettent ni actes d’indiscipline ni cruautés. En revanche, dans l’Est de notre patrie la terre boit le sang des femmes et des enfants massacrés par les hordes russes, et sur les champs de bataille de l’Ouest les projectiles dum-dum de nos adversaires déchirent les poitrines de nos braves soldats. Ceux qui s’allient aux Russes et aux Serbes, et qui ne craignent pas d’exciter des mongols et des nègres contre la race blanche, offrant ainsi au monde civilisé le spectacle le plus honteux qu’on puisse imaginer, sont certainement les derniers qui aient le droit de prétendre ait rôle de défenseurs de la civilisation européenne.

 

Il n’est pas vrai que la lutte contre ce que l’on appelle notre militarisme ne soit pas dirigée contre notre culture, comme le prétendent nos hypocrites ennemis. Sans notre militarisme, notre civilisation serait anéantie depuis longtemps. C’est pour la protéger que ce militarisme est né dans notre pays, exposé comme nul autre à des invasions qui se sont renouvelées de siècle en siècle. L’armée allemande et le peuple allemand ne font qu’un. C’est dans ce sentiment d’union que fraternisent aujourd’hui 70 millions d’Allemands sans distinction de culture, de classe ni de parti. Le mensonge est l’arme empoisonnée que nous ne pouvons arracher des mains de nos ennemis. Nous ne pouvons que déclarer- à haute voix devant le monde entier- qu’ils rendent faux témoignage contre nous. A vous qui nous connaissez et, avez été, comme nous, les gardiens des biens les plus précieux de l’humanité, nous crions : Croyez-nous ! Croyez que dans cette lutte nous irons jusqu’au bout en peuple civilisé, en peuple auquel l’héritage d’un Goethe, d’un Beethoven et d’un Kant est aussi sacré que son sol et son foyer. Nous vous en répondons sur notre nom et sur notre honneur.»

 
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