La question qui m’a été la plus souvent posée, si l’on excepte l’indémodable Quand sortira la suite ? reste certainement : Pourquoi Fritz Haber ?
C’est une question complexe et en même temps assez simple. Fritz Haber m’intéresse avant tout parce qu’il s’agit d’un personnage particulièrement riche en contradictions. Plus on s’intéresse à lui, plus l’on en vient à approcher les personnages qui font son entourage, plus il devient évident que Fritz Haber n’est pas un cas unique et que cette Allemagne du début du XXe siècle déploie, elle aussi, une somme impressionnante de contradictions. L’Europe de Fritz Haber a produit des pensées, des idéologies et une morale excessives et radicales, comme si cette époque désirait transcender la philosophie, la repousser dans ses derniers retranchements. Haber est le fruit parfait d’une époque qui a insufflé au capitalisme sa véritable modernité, en rapprochant la science de l’industrie, par exemple, ou en repensant fondamentalement l’éthique scientifique et militaire. Et qui dit contradiction, dit complexité. Parler de choses complexes en bande dessinée, mode qui privilégie la synthèse avant tout, était un enjeu qui m’a fortement intéressé. Voilà pourquoi Haber. Parce que tout, me semble-t-il, s’est joué là, et, entre autre, avec lui.